Affichage des articles dont le libellé est Histoire. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Histoire. Afficher tous les articles

lundi 19 mai 2014

Des photos inédites de l'accident de Finkenwerder

L'accident le plus grave qu'ait connu le Super-Guppy F-BPPA a eu lieu le 5 novembre 1982 à Finkenwerder (Hambourg). Peu avant 11 heures du matin, alors que l'équipage à fini le chargement et s'apprête à fermer la porte, le vent s'engouffre dans le nez et l'ouvre

Pour en savoir plus sur cet accident, voir ici.

Ayant eu la chance de rencontrer d'anciens navigants, un ancien commandant de Guppy, M. Layrisse, possédait des photographies en couleur de l'incident, et à bien voulu me les confier. Je les publie donc ici en exclusivité.



Vue du cockpit depuis l'arrière, le nez est venu s'encastrer contre l'hélice du moteur numéro 2


Autre vue avec un champ plus large, on aperçoit également les câbles qui retiennent encore les deux parties ensembles...


Vue sur le côté avec déjà deux grues de relevage qui sont sur place pour "soulager" le poids du nez sur les câbles et éviter des dégâts supplémentaires.
Le nez est tombé sur le radôme, et aussi bien radôme que radar devront être changé
La dernière photographie a été prise probablement le 8 ou le 9 novembre pendant les opérations de relevage du nez
Un grand merci à P. Layrisse de m'avoir confié ces photographies !

mardi 6 août 2013

La réception du F-BPPA

Mai 1973

Maurice de Charnacé, le directeur de production d'Airbus, va devoir travailler d'arrache pied avec ASI pour organiser la réception du deuxième Guppy commandé par Airbus. Toujours à Santa-Barbara, l'appareil est déjà construit, mais doit être mis au même standard que l'avion n°1, ce qui nécessite quelques modifications.

Le N212AS, encore aux Etats-Unis avant de devenir le F-BPPA

mercredi 31 juillet 2013

Les origines du F-BPPA

Je vous propose dans cet article de plonger au cœur des tractations entre les partenaires d'Airbus pour mieux comprendre comment la décision d'acheter le Super-Guppy numéro 2, le F-BPPA s'est imposée au Gie (Groupement d’intérêt économique).

Le F-BPPA en vol


Après la mise en service du Super-Guppy n°1, le F-BTGV, en 1972, Airbus n'envisage pas d'acheter d'autre appareil. Il existe alors aux Etats-Unis deux Guppy : le Super Guppy modèle NASA (N1038V) et un nouveau Super-Guppy Turbine alors en construction (N212AS) identique au Golf Victor.

lundi 15 avril 2013

Le Bourget - Roissy...en Guppy

Une petite histoire intéressante sur le Guppy que j'avais envie de vous partager : la réponse à la question "quel a été le premier appareil à se poser sur l'aéroport de Roissy", la réponse est...le Super-Guppy, et même le F-BTGV pour être précis ! Petit retour en arrière

Le général de Gaulle lance en 1964 un grand projet sur huit ans pour réaliser un nouvel aéroport parisien. L'équation est simple : le Bourget est le premier aéroport parisien, mais il devient beaucoup trop petit, et se trouve enclavé ce qui empêche toute extension. Orly peut s'étendre vers l'Ouest, mais pas tant que cela…pour accueillir les millions de voyageurs prévus au cours des années 70, il faut un nouvel aéroport.

Le Terminal 1 de Roissy en grand chantier


Ce nouvel aéroport de Paris-Nord, plus tard rebaptisé Roissy en France, et enfin Roissy - Charles de Gaulle à la mort du général, se présente dans un premier temps avec un unique terminal en forme de camembert et une unique piste.

Les travaux débutent en 1968. En 1970, les services administratifs du Bourget commencent à déménager vers les nouveaux locaux. C'est aussi un grand déménagement pour les compagnies aériennes. C'est notamment le cas de l'UTA, qui possède ses services d'entretien et de formation au Bourget. Si les départements d'entretien restent au Bourget, dès 1971 les services administratifs commencent à déménager.

A la fin de l'année 1971, UTA commence le déménagement de son service de formation, et se retrouve face à une question : comment déménager ses simulateurs de vol ? Le trajet n'est pas particulièrement long, mais la taille des simulateurs demande un convoi exceptionnel, sans parler de la fragilité de l'ensemble.

Le F-BTGV, nouvellement mis en service au sein de l'aéromaritime

Plutôt que de former un convoi exceptionnel avec escorte et tout, UTA va faire appel à ses propres moyens de transport…en utilisant l'un de ses derniers appareils : le Super-Guppy. Il s'agit du numéro 1, le F-BTGV, qui est basé au Bourget à cette époque. Il est arrivé des Etats-Unis à peine un an plus tôt et est ens ervice commercial depuis moins d'un an !

C'est ainsi que le Guppy va se retrouver mobiliser pour un vol d'à peine 10 minutes…allant du Bourget à Roissy. C'est ainsi que dans les premiers jours d'octobre 1972, le F-BTGV va se poser à Roissy, et inaugure la nouvelle piste qui est encore en construction. Il amène un simulateur de vol de DC-10-30, avion largement utilisé par l'UTA et l'Aéromaritime à cet époque.

Le F-BTGV apporte le simulateur du DC-10-30 de l'UTA

lundi 24 septembre 2012

Peintures de Guppy

Les Super-Guppy ont été peints de manières différentes au cours de leur histoire chez Airbus. Pour le scrap-book présentant les différentes variations, voir ici.

Le premier Super-Guppy fut peint aux couleurs d'Aerospacelines lors de sa fabrication et pour ses essais en vol. L'appareil n'était pas peint, mais polishé, avec un aspect argent très brillant. Deux grandes bandes rouges et jaunes couraient le long du fuselage, avec la zone autour des vitres du cockpit peinte en noir. La mention Aerospacelines inc était marquée au dessus des bandes du fuselage.

La livrée ASI qui sera applquée aux Super-Guppy 1 et 2


Une fois vendu à Airbus, il sera entièrement redécoré d'une nouvelle livrée crème et rouge. La fuselage comportait une grande bande rouge entourée de deux bandes couleur crème, avec les mentions "AIRBUS INDUSTRIE" et "AEROMARITIME" qui exploitaient l'avion. La dérive était peinte couleur crème, avec une grande bande rouge horizontale comportant le logo Airbus d'un côté et de l'aéromaritime de l'autre.

La livrée Airbus originale du F-BTGV

Le F-BPPA, Guppy n°2 aura un chemin un peu différent. Peint lui aussi dans la livrée d'Aerospacelines, il gardera cette livrée chez Airbus, avec juste quelques changements mineurs, les mentions ASI et Aerospacelines étant remplacés par Airbus et Aéromaritime.


Dans un souci d'homogénisation, le F-BTGV sera repeint avec les mêmes couleurs que le F-BPPA, retrouvant ainsi une partie de ses couleurs d'origine.

Les Super-Guppy n°3 et n°4 ont porté la livrée "arc en ciel" d'Airbus Skylink dès leur fabrication. Ce schéma de peinture a ensuite été appliqué aux deux premiers Guppy pour uniformiser la flotte.

La livrée "arc en ciel" Airbus-Skylink

Reprenant les couleurs Airbus de l'époque, ce schéma consistait principalement en quatre bandes de couleurs (de bas en haut : jaune orange rouge et bleu) courant le long du fuselage, surmontées de la mention "Airbus Skylink" en bleu sur les flancs. Le numéro de série de l'appareil était rappelé en chiffres géants sur le nez et la dérive de l'avion.

Ce fut la dernière variation de peinture portée par les appareils d'Airbus. Le N°3 n'a jamais porté d'autres motifs, et le numéro 4 portera ces couleurs jusqu'à son départ pour les Etats-Unis en 1997.

A noter que le F-BPPA aura également droit à une décoration spéciale pour les 25 ans de Tracor (et donc d'Aerospacelines) qu'il gardera quelques temps. La décoration finira par être effacée...en partie. La mention "Super-Guppy" en orange subsiste encore aujourd'hui !


Pour le F-GEAI, dans un premier temps, la NASA s'empressera d'effacer les mentions "4" et "Airbus Skylink", donnant un peu un aspect d'avion volé à l'appareil qui n'était pas du meilleur effet.

Puis la livrée "arc en ciel" d'Airbus Skylink fut rapidement remplacée par une nouvelle livrée plus chatoyante rappelant les couleurs de l'agence spatiale américaine et du premier Super-Guppy : une base de bleu ciel et de blanc, ainsi que le polish brillant qui fait du Guppy un miroir géant en plein ciel.

Dernier détail : les américains ne manquant pas d'humour, le "S" de Super-Guppy a été peint sur la face avant de la trappe de train de la roulette de nez.

Le "Super"-Guppy

samedi 22 septembre 2012

Guppy scrap-book

Pas beaucoup de texte dans cet article...juste quelques photos pour illustrer les différentes livrées portées par les Super-Guppy au fil des ans.

N-211AS - F-BTGV



livrée ASI  (1971)

livrée Airbus-Aéromaritime  (1971 - 1978)

livrée Aéromaritime  (1979 - 1982)

livrée Airbus-Skylink  (1982 - aujourd'hui)



N-212AS - F-BPPA


livrée ASI  (1972 - 1973)

livrée Aéromaritime  (1973 - 1982)

livrée Airbus-Skylink  (1982 - aujourd'hui)



F-GDSG


livrée Airbus-Skylink  (1982 - aujourd'hui)


F-GEAI - N941NA


livrée Airbus-Skylink  (1983 - 1997)

livrée NASA-Airbus  (1997 - 1998)

livrée NASA  (1998 - aujourd'hui)

lundi 17 septembre 2012

Un chalet original


Samedi 27 mai 1967 : Il est 16h40 lorsque le Mini Guppy se pose sur l'aéroport du Bourget, au nord de Paris.

Tout autour de l'aéroport, c'est l'effervescence : l'édition 1967 du salon du Bourget ouvre ses portes le lundi matin, et il reste encore de nombreux détails à régler. Pour vous resituer le contexte, à cette époque il fallait aller au salon en bus ou en taxi, le RER n'ayant pas encore été inventé, mais la course de taxi coûtait 18F...et la récente ouverture de l'autoroute A1 promettait de diminuer le temps de trajet. On parlait aussi de construire un troisième aéroport parisien au nord du Bourget qui s’appellerait Paris-Nord, mais on murmurait qu'il pourrait aussi s'appeler Roissy...Charles de Gaulle était président de la république, mais n'avait aucune intention de donner son nom à un aéroport...

Retour au sujet de l'article : le Mini-Guppy. L'arrivée de cet énorme appareil va surtout permettre à Sud-Aviation d'installer son chalet pour le salon !


En effet, face à la demande de Pierre Jorelle à ASI pour que le Mini-Guppy soit présent au salon du Bourget de 1967, alors même que l'avion n'existait que sur le papier, Jack Conroy avait répondu "nous y serons" ! Par la suite, Sud-Aviation avait eu l'idée, pour le moins originale, d'installer son "chalet" à l'intérieur de la soute du Mini-Guppy.

Le Mini-Guppy est certes plus petit que ses deux grands frères, le Pregnant Guppy et le Super-Guppy de la NASA, mais il était le plus gros avion commercial américain à cette date. Il ne vient pas qu'en figuration : il servira de chalet pour la société Sud-Aviation, après installation d'un module intérieur composé de vitrines et de salles de réunion.

Sa soute n'est pas vide : il apporte un prototype du "salon volant" fabriqué par Budd company (fabricant de voitures de chemins de fer à l'origine). L'idée du salon volant est la suivante (inutile de rigoler, c'était très sérieux à l'époque) : permettre aux passagers de s'installer dans une sorte de salle d'embarquement pour patienter, située en centre ville. Un hélicoptère lourd viendrait ensuite hélitreuiller ce "salon volant" pour l'emmener à l'aéroport.

La mise en service devait avoir lieu sur l'aéroport de Los Angeles en 1970. Intéressant sur le papier (le temps de transport du centre ville de LA à l'aéroport passant de 45 min à 8 min) le concept ne décollera jamais. Difficile pour des passagers, même pressés, de se faire balloter au bout d'une élingue d'hélicoptère...de plus le coût de l'heure de vol d'hélicoptère n'est pas du même ordre de grandeur que celle en train.

Pour en revenir au Mini-Guppy, sa présence au salon de 1967 est un véritable tour de force : en effet, l'appareil est un avion neuf, et quand je dis neuf, c'est neuf de chez neuf. Il a fait son premier vol le 24 mai 1967…c'est-à-dire moins de trois jours avant son arrivée à Paris, le tout après un marathon de 6 mois pour le construire. Les ouvriers d'ASI ont passé de longues journées pour s'assurer que l'appareil serait prêt à temps. Envoyer un prototype qui a à peine fait son premier vol directement de l'autre côté de l'Atlantique est un brin risqué pour ne pas dire plus.

Renommé "Spirit of Santa Barbara" pour l'occasion (clin d'œil au Spirit of Saint Louis de Lindbergh, qui avait franchi l'Atlantique juste 40 ans auparavant) le Guppy sera une des stars du salon...surtout pour les observateurs russes. En effet, les russes hier, comme les chinois aujourd'hui, ont cette manie d'envoyer des dizaines d'observateurs qui arpentent le salon en notant absolument tout ce qu'il est possible de noter...

Vu aérienne du salon de Bourget de 1967...aujourd'hui, ça fait toujours rêver.. (et pour info, le Concorde n'est qu'une maquette). Le mini-Guppy est sur la droite avec sa queue ouverte.


A l'issue du salon, le Guppy retournera à Santa-Barbara pour commencer son programme d'essais en vol...après un détour sur Toulouse, qui permettra à Jack Conroy de rencontrer les responsables de Sud-Aviation, et de présenter l'atout que le Guppy pouvait représenter pour le programme Concorde...

dimanche 5 août 2012

On ne vole pas sur les fesses !


Lors de la certification d'un nouvel avion, les autorités de certification (la FAA aux Etats-Unis, et la DGAC en France) exigent de tester le décrochage de l'appareil. Les valeurs d'angles et de vitesses de décrochage sont cruciales pour déterminer l'enveloppe de vol de l'appareil. La FAA demanda donc de faire décrocher le Super-Guppy à différentes vitesses et inclinaison, et des vols d'essai eurent lieu dès fin Août 1970 (Le 1er Super-Guppy Turbine fit son premier vol le 24 Août 1970)


Dès les premiers vol, les résultats furent excellents en ce qui concernait la manœuvrabilité et la stabilité du Guppy, en revanche, le comportement de l'appareil en situation de décrochage était très inquiétant. A l'approche de la vitesse de décrochage, l'avion était sujet à un violent "pitch-up" vers le haut (l'avion se mettant "sur les fesses") rendant la reprise de contrôle très difficile, vu que la dérive arrière n'est plus dans le vent, même avec les moteurs à plein régime.

Lors d'un vol d'essai mémorable le 5 avril 1971, l'avion décrocha pour de bon en se cabrant violemment juste avant que l'aile gauche ne s’affaisse. Le Guppy venait de rentrer dans la pire des situations : un décrochage asymétrique. Il faudra toute la virtuosité de John Campbell pour éviter que le vol ne se termine en catastrophe.

Pour la certification du N211AS (futur Guppy n°1 F-BTGV), la FAA avait donc exigé que, si rien ne pouvait être fait pour améliorer l'aérodynamisme de l'avion à base vitesse, il fallait monter un système d'avertissement permettant aux pilotes de ne jamais atteindre cette fameuse vitesse critique.

Il fallut de nombreux mois et essais pour mettre au point un système fiable et redondant. La solution consistait à avertir le pilote lorsque le Super-Guppy atteignait une vitesse de décrochage "fictive" c'est à dire une vitesse légèrement supérieure à la vraie vitesse de décrochage, permettant aux pilotes de réagir avant de s'aventurer dans une zone dangereuse.

Au final, deux systèmes identiques mais totalement indépendants furent montés sur chaque appareil. De cette manière, même si l'un des avertisseur tombait en panne, le second restait disponible pour avertir les pilotes. de l'imminence d'un décrochage. Appelé SPS pour Stall Prevention System (Système de prévention du décrochage) il s'agissait d'un élément essentiel de la sécurité de l'avion.

Côté avion, le système comprenait
  • une girouette donnant l'angle d'attaque de l'avion
  • un détecteur de position des volets hypersustentateurs
  • un calculateur situé dans le rack radio constitué d'un transformateur et d'un circuit électronique calculant la marge par rapport à la vitesse de décrochage. C'est lui qui active les indicateurs du cockpit (voir illustration ci-dessous).
  • un indicateur vol/sol, constitué de relais placés sur le train atterrissage indiquant si l'avion est au sol ou non, qui empêche l'alarme de se déclencher inutilement au sol
Rack radio - détails des deux calculateurs SPS

Côté cockpit, on trouve
  • un indicateur de marge de décrochage, gradué de 1 à 1,6, qui correspond au rapport vitesse sur vitesse de décrochage (réelle) soit V/Vs (1)
  • un "stick shaker" (pour ceux qui ne connaissent pas : c'est comme un vibreur de téléphone portable, sauf que ça fait vibrer le manche du pilote) qui se déclenche à 110% V/Vs (10% de vitesse au dessus de la vitesse de décrochage)
  • un voyant lumineux marqué "STALL" bien en évidence devant les yeux du pilote, qui se déclenche entre 100% et 110% de V/Vs (2)
  • et enfin un klaxon, très désagréable (et c'est fait exprès !) qui se déclenche en même temps que le voyant lumineux.
Planche de bord commandant - détails

Le système devait être vérifié périodiquement. Tous les ans, il fallait faire un vol d'essai pour vérifier le bon réglage de l'ensemble. Le Guppy décollait avec la soute vide, mais avec un contrepoids de près de 2,5 tonnes à l'avant. Le but du vol n'était pas de décrocher...les risques de perte de contrôle et de crash étant trop élevés. Le contrepoids à l'avant devait permettre de limiter le "pitch-up" du nez en cas de début de décrochage.

Le Guppy montait à 15000 pieds, et le pilote réduisait progressivement la vitesse, tout en surveillant les indicateurs de marge de décrochage. Le mécanicien navigant devait noter les vitesses de déclenchement du stick shaker et du voyant lumineux ainsi que le klaxon associé. Lorsque le klaxon se déclenchait, le pilote mettait brusquement le manche "au tableau" (ordre à piquer) pour éviter de décrocher pour de bon.

Si le réglage n'était pas bon, il fallait retourner se poser, recalibrer les calculateurs, et repartir jusqu'à ce que le réglage soit conforme aux spécifications du manuel de vol !

A noter que les pilotes et mécaniciens qui participaient à ces vols d'essai recevaient une prime de risque pour chaque vol d'essai du système de décrochage, c'est dire la confiance qu'avait Airbus dans la capacité de l'avion à survivre à un décrochage !

mercredi 20 juin 2012

L'avion dont le train ne descendait jamais

21 novembre 1976, aéroport du Bourget. Il est presque 9h30 lorsque le F-BTGV, Super-Guppy n°1, s'aligne pour décoller. L'équipage, commandé par Lionel Vennier, entame  un autre vol de routine pour aller chercher une paire d'ailes d'un A300 à Filton. Le décollage se passe normalement et l'appareil quitte rapidement le sol. Le copilote, M. Even, actionne la commande de rentrée du train d'atterrissage. Quelques secondes plus tard un problème survient : la roulette de nez est bien rentrée, mais les deux trains principaux n'ont pas bougé, et sont toujours verrouillés en position sortie.



L'avion continue sa montée lentement jusqu'à 6000 pieds. Le cockpit est dépressurisé, ce qui permet à Daniel Lamblin, le mécanicien navigant, de remonter le long de la soute principale avant de descendre dans la soute inférieure arrière. (déjà que ce n'est pas simple lorsque l'appareil est garé au sol, je vous laisse imaginer lorsque cela se passe en vol au milieu des turbulences !) De là, des hublots d'observation lui permettent d'observer que les deux trains sont effectivement en position basse. Un casque radio lui permet de contacter le cockpit et d'informer Lionel Vennier de la situation. Leur marge de manœuvre est limitée par le fait que l'avion a décollé avec les minimas météo,  ces minimas ne permettant pas l'atterrissage : Il faut donc rentrer le train ou se dérouter sur Lille. Il est donc décidé de débloquer chaque train avec le système de secours avant de retenter un remontage automatique des roues.

Deuxième essai, après quelques tours de manivelle..le train gauche remonte normalement...mais le train droit reste sorti. Par chance, il n'est pas verrouillé, il peut donc être rentré à la manivelle (490 tours de manivelle...c'est excellent pour les bras paraît-il...)

La commande de secours du train principal, et sa manivelle...(soute inférieure arrière)
Une fois ces petites péripéties passées, le BTGV se dirige vers Manchester. En approche finale, la commande des trains est mise sur "down" (bas)...l'équipage retient son souffle, mais tout se passe bien, les roues sortent et l'appareil peut se poser normalement.

A peine l'appareil arrivé au parking, les mécaniciens posent les sécurité de trains, et grâce aux équipes de British Airways, l'équipage peut disposer d'un contrôleur universel pour rechercher la panne. Il leur faut également les schémas électriques de câblage. L'équipage dispose des plans, mais qui sont des copies des liasses de plans d'Aerospacelines...c'est à dire au format "papier peint de grande largeur", et les déployer dans le cockpit tourne vite au casse-tête. Autre complication, le système de verrouillage des trains principaux a été modifié trois mois auparavant...et les plans ne sont pas à jour !

Les liasses de plans sont mieux adaptées au bureau d'étude qu'au cockpit....
La panne est finalement localisée sur le capteur indiquant que la broche de verrouillage est dégagée, ce qui permet l'alimentation du moteur électrique de relevage du train. Pour identifier le bon relais, l'équipage n'a pas utilisé les plans, mais a cherché dans le boitier de relais ceux qui n'étaient pas répertoriés...vu que seul le bureau d'étude UTA à Paris possédait les plans exacts. Il est donc décidé de court-circuiter ce relais par un fil pour permettre de rentrer le train !

La recherche de panne se complique lorsque la documentation n'est pas à jour (boitier de jonction électrique)

Une fois ce problème (temporairement) réglé, l'équipage poursuit son vol en se rendant à Brême. Un appel à la direction industrielle d'UTA décide d'une escale technique au Bourget pour dépannage sur le chemin vers Toulouse. Le Super-Guppy se pose donc le lendemain à midi, avant de repartir 3 heures plus tard avec de nouveaux vérins de verrouillage. Le vol se poursuit sans incident jusqu'à Toulouse.

Cet incident illustre un problème qui sera le cauchemar des techniciens d'UTA : les caprices du train d’atterrissage ! Tous les pilotes de Guppy ont eu leur lot d'expérience de train refusant de rentrer ou refusant de sortir pour des raisons diverses et variées; les mécanos nav ont passé un certain temps "à fond de cale" à donner des tours de manivelles pour rentrer ou descendre les trains principaux récalcitrants...Pourtant Airbus enquêtera pendant longtemps sur ces problèmes, allant jusqu'à faire plusieurs campagnes de mesures pour cerner la cause de ces ennuis...en vain ! Il fallut de nombreuses modifications des systèmes de verrouillage du train avant de trouver un arrangement qui se révélera plus fiable, mais malgré les changements, les caprices du train principal resteront longtemps source d'agacement pour les équipages.

N'oubliez pas non plus que le train atterrissage du Super-Guppy est, à quelques évolutions près, identique à celui du B-29...dont la conception remontait au années 40...


mardi 18 octobre 2011

Le F-BPPA perd son nez : l'accident de Finkenwerder

Au matin du 5 novembre 1982, il est 9h30 lorsque le vol QK833 se pose à Finkenwerder (Hambourg). Il s'agit du F-BPPA, Guppy n°2 qui vient chercher un tronçon "16/19" , la partie arrière d'un A300. L'appareil est dirigé à l'écart de la piste, le long du bâtiment n°7. L'ouverture et le chargement se font suivant les procédures UTA.

Il est 10h40 lorsque le chargement est terminé. Le chariot élévateur encore en place, le mécanicien navigant se dirige vers l'arrière pendant que le copilote se trouve dans le cockpit pour préparer le vol de retour. Le commandant de bord se trouve alors au bureau des vols pour l'établissement du plan de vol de retour vers Lille.

Il est 10h45 lorsqu'un bref et violent coup de vent se fait sentir. Assis dans le cockpit, le copilote sent le nez osciller et songe à en avertir le mécanicien navigant, lorsque le nez bascule vers l'avant.

La charnière vient de se briser, et le nez est tombé, écrasant le radôme au passage.

Le deuxième arrachage de porte


Le copilote est indemne et peut sortir de l'avion par ses propres moyens. Averti le commandant accourt pour constater les dégâts et mettre l'avion en sécurité (immobilisation des roues, démontage de la batterie de bord). Les équipes de MBB vont également tendre des câbles en acier entre le nez et le fuselage pour éviter tout mouvement supplémentaire susceptible d'aggraver les dégâts.

Dépêchés sur place, les ingénieurs d'UTA ne peuvent que constater que la charnière est à changer et que les faisceaux de câbles doivent être vérifiés et de nombreux fils sont à changer ! Au niveau structurel, la pointe avant et le radôme vont nécessiter de nombreuses réparations.

La première priorité est de redresser la porte. Cette action est entreprise en deux temps : une grue va d'abord soulever l'ensemble avant pour le faire reposer sur le train avant, et dans un second temps, l'ensemble sera basculé pour le remettre face au fuselage. Les deux ensembles sont ensuite boulonnés pour que l'avion puisse être déplacé.

Seuls les faisceaux de câbles tiennent les deux parties !


Après le redressement de la porte, le Guppy sera placé dans un hangar et les réparations commenceront le 11 novembre, avec une vingtaine de spécialistes d'UTA et de MBB. Les réparations s'étaleront du 11 au 16 novembre (rapide lorsque l'on constate l'étendue des dégâts !) cette phase étant suivie de cinq jours de tests pour vérifier l'intégrité des circuits électriques. L'appareil sera finalement remis en ligne le 22 novembre, pouvant enfin ramener le tronçon arrière tant attendu à Toulouse !

Analyse de l'incident

Une enquête est rapidement menée pour comprendre l'évènement et trouver des solutions pour qu'il ne se reproduise plus. Les trois premières constatations sont les suivantes :
- La procédure d'ouverture et de chargement était en tout point conforme au manuel d'exploitation.
- Le vent relevé par la tour de contrôle était largement dans les limites.
- Contrairement à l'incident de Madrid, la roue avant était immobilisé et de ce fait n'a pas bougée.

L'examen de l'avion permet d'établir qu'il était stable et horizontal au moment de l'accident. La partie arrière de la charnière (solidaire du fuselage) est intacte, en revanche, sur la partie avant "l'oreille" est cassée en deux endroits au niveau des trous de fixation pour le maintien de la rotule. Toute les cassures sont nettes, et ne présentent aucun signe de fatigue du métal.

Vue latérale de la charnière (en haut) et longitudinale (en bas)


Ces éléments montrent sans équivoque que le nez à basculé vers l'avant. Or le  basculement  vers  l'avant  ne  peut  avoir  pour  origine  qu'une  force  aérodynamique  résultant  d'un  vent  soufflant  vers  l'intérieur  du  nez,  donc  d'une direction  locale  différente  de  celle  indiquée  par  la  tour  ;   cette hypothèse est jugée  plausible  compte   tenu  des  bâtiments  importants  situés  autour  du  point de  stationnement  de  l'avion (voir illustration ci-dessous) et  induisant  des  variations locales  de  direction  et  de  force  du  vent. Coincé entre quatre grands hangars, le Guppy subissait des vents de force et de direction différentes de celle mesurées par la tour. Des études réalisés les jours suivants l'accident ont démontré que l'environnement près des hangars pouvait présenter des vents de force et de direction totalement différentes de ce qui était mesuré à la tour de contrôle.

Position du Super-Guppy au moment de l'accident

Les recommandations suite à l'accident seront les suivantes :

- définir sur chaque aéroport une zone à l'écart des bâtiments pour l'ouverture/fermeture du nez.

- orienter systémmatiquement l'appareil pour que le vent souffle sur le travers gauche, pour éviter qu'une faible variation de vent ne vienne souffler à l'intérieur du nez.

- ne pas renforcer la charnière, qui a joué le rôle de fusible en protégeant la structure de dommage plus importants.

- de mieux définir la position du centre de gravité du nez pour mieux prévoir les risques de basculement.

dimanche 16 octobre 2011

Guppy à terre : les accidents

Ainsi que je le disais dans l'histoire des Guppies, une des devises des équipes de maintenance d'UTA était "à chaque moment suffit sa panne" traduisant le soin constant que nécessitait ces appareils. De fait, la liste des incidents était nombreuses : train refusant de sortir, antigivrage en panne, trou dans le fuselage suite à la rencontre avec un élévateur etc...Mais il y eut très peu d'incidents graves...de toute l'histoire de l'exploitation des Guppies par Airbus, on en dénombre cinq : trois effacements de train et deux arrachements de porte lors du chargement.

Pour la petite histoire, le BTGV (n°1) fut le plus malchanceux, vu qu'il cumule à lui seul trois des cinq accidents ! Deux effacements de train et un arrachage de porte. Le BPPA à vu sa porte arrachée une fois et le GDSG a vu son train avant s'effacer une fois.

Finkenwerder, Hambourg, 1972

le 21 mars 1972, le F-BTGV se pose à Hambourg sur l'aéroport de Finkenwerder pour venir chercher un tronçon arrière d'A300. Un violent coup de vent lors de l’atterrissage fait que l'appareil quitte la piste, et le train avant se rétracte, et le Guppy termine sur le nez. L'un des observateur assis sur le tabouret à côté du commandant est éjecté de son siège et se cogne violemment contre le plafond de la cabine. Le reste de l'équipage est indemne, mais la chaine d'assemblage d'Airbus est stoppée nette : le BTGV était le seul Guppy en service à l'époque...




Lemwerder, Brême 1974

Le 22 Mars 1974, le F-BTGV se retrouve accidenté pour la seconde fois...avec un scénario quasi-identique : la rétraction du train avant à atterrissage.  Confronté au même accident pour la deuxième fois en deux ans, les responsables de l'Aéromaritime réalisent qu'il faut faire quelque chose. Conscient que le train avant du Guppy est beaucoup plus sollicité que celui d'un avion normal (même si il s'agit du train avant d'un Boeing 707, avion beaucoup plus lourd) des études sont entreprises afin le renforcer.

La solution retenue sera de modifier la cinématique du train avant. Les études sont menées par l'établissement de Chatillon de l'Aerospatiale. Le schéma ci-dessous résume les modifications : dans la cinématique d'origine, l'angle presque plat entre les éléments (4) et (5) conduit à des efforts très important sur la bielle (4) même pour des efforts peu important de la bielle (3) (c'est le jonction entre ces trois éléments que l'on a retrouvé brisée dans les deux incidents).

En raccourcissant la bielle (4) et en allongeant légèrement la bielle (3) on obtient un assemblage beaucoup plus solide. Les essais de cette nouvelle cinématique seront menées sur le BTGV fin 1974.

La nouvelle cinématique du train avant du Super-Guppy



Getafe, Madrid 1977

En 1977, un incident d'un nouveau genre se produit : l'arrachement de la porte avant. Il faut voir en effet que cette porte avant, lorsqu'elle est en position ouverte, n'est retenu que en trois points : par le train avant, le diabolo de manoeuvre et la charnière située à la jonction des deux parties. Cette position assez instable suppose que l'ensemble avant reste fixe et ne subit pas d'efforts latéraux, or le volume de la partie avant est tel que en cas de coup de vent, il va se comporter comme une voile, provoquant une forte poussée vers l'avant de l'ensemble de porte. Si le vent est trop fort et s'engouffre dans la partie avant, l'ensemble bouge et si le vent est trop fort, le nez bascule vers l'avant...cet incident est arrivé deux fois dans l'histoire des Guppies.

Le 29 mars 1977, le F-BTGV est à l'aéroport de Getafe à Madrid pour charger une dérive arrière d'A300. Le chargement se fait sans anomalie, et la procédure de fermeture peut commencer. Arrivé à mi-chemin de la fermeture, un violent coup de vent survient et s'engouffre dans le nez. Les opérateurs perdent alors le contrôle, le vérin de manœuvre ne pouvant contenir la force d'inertie de l'ensemble avant. La porte arrive alors violemment en butée, et la ferrure d'articulation de la charnière se rompt. Privé de maintien, le nez tombe, écrasant le radôme et endommagent une des hélices de l'avion. Seuls une partie des  faisceau de câbles électriques empêche le nez de se désolidariser complètement du fuselage.

Illustration de l'incident de Madrid


L'avion est immobilisé, et il faudra une grue et trois jours d'efforts pour relever le nez avant d'effectuer une réparation de la charnière et des dégâts structuraux occasionnés.

Finkenwerder, Hambourg 1982

Au matin du 5 novembre 1982, le F-BPPA est à Hambourg pour charger une pointe arrière d'A300. Le chargement est presque terminé lorsqu'un bref et violent coup de vent se fait sentir et avant que quiconque puisse réagir le nez bascule vers l'avant. Comme à Madrid, la charnière vient de se briser, et le nez est tombé, écrasant le radôme au passage.

Le deuxième arrachage de porte

Il n'y a pas de blessé et l'avion est mis en sécurité (immobilisation des roues, démontage de la batterie de bord). Après le redressement de la porte, le Guppy sera placé dans un hangar et les réparations commenceront le 11 novembre, avec une vingtaine de spécialistes d'UTA et de MBB. L'appareil sera remis en ligne le 22 novembre, pouvant enfin ramener le tronçon arrière tant attendu à Toulouse !

Plus de détails sur cet incident dans cet article

Satolas, Lyon, 1993

Octobre 1993 : le GDSG est de retour de Hambourg pour Toulouse. Confronté à un fort vent de face, l'appareil se déroute pour aller se poser à l'aéroport de Lyon Satolas...L'appareil touche la piste et commence à rouler, avant que la roulette du train avant ne lâche. Le train se rétracte et l'appareil termine sur le nez. N'ayant pas eu accès au rapport d'incident, je n'en connais pas les causes exactes...

mardi 20 septembre 2011

L'histoire des Guppies (9)

Neuvième partie : Du Guppy au Beluga

La flotte d'Airbus comprenait Quatre Super-Guppy en 1983...et ils ne s'ennuyaient pas : il fallait presque 50 heures de vol en Guppy pour acheminer les éléments d'un Airbus jusqu'à Toulouse pour assemblage ! L'augmentation des cadences liées au succès de l'Airbus se traduisait par un rythme soutenu des vols de Super-Guppy !

La flotte presque au complet...il manque le GDSG !


En 1987, avec le lancement du programme A330/A340, de nouveaux problèmes apparaissaient : le poids des éléments à transporter approchait la masse maximale transportable par Guppy...ainsi que la taille maximale de la soute ! On approchait de la limite du Guppy, et il faudra même augmenter les tolérances de centrage vertical afin de pouvoir accueillir les tronçons d'A340. De même, le poids de la voilure du nouvel appareil était tel que le Guppy ne pouvait transporter qu'une seule aile à la fois : il faudrait donc deux allers-retours (et de nombreuses escales techniques) en Angleterre pour aller chercher une voilure complète ! Même le trajet Saint-Nazaire/Toulouse pour la section centrale allait nécessiter un arrêt intermédiaire à Bordeaux par temps chauds...

Caisson central d'A330/A340 : il fallait couper une partie des cadres arrière pour pouvoir faire tenir le tronçon dans le ventre du Guppy (et à cause de la largeur à l'emplanture des ailes, il n'était pas possible de le faire rentrer plus bas !)


En 1988, Airbus commença à envisager avec UTA la possibilité de construire un Guppy n°5 et peut-être même n°6, conscient que le système de quatre appareils ne tiendrait pas indéfiniment. Airbus souhaitait une estimation, en prenant la même organisation que pour l'assemblage des Guppy 3 et 4, du coût de fabrication d'un Guppy supplémentaire (n°5) ou de deux (n°5 et 6) ou alors d'un Guppy et fourniture d'un jeu d'ailes + nacelles moteurs de rechange en cas de besoin de remplacement sur un Guppy de la flotte, sans oublier les pièces de rechange pour assurer l'exploitation des Guppies jusqu'en 2010 !

Le problème était simple : UTA possédait un Boeing C-97 et des pièces de Stratocruiser, et pouvait donc fabriquer un Guppy n°5, mais il n'y avait plus aucune pièce pour faire un Guppy n°6, il faudrait les fabriquer à partir des plans d'origine de Boeing...quarante ans après la sortie du dernier Stratocruiser ! Le planning prévoyait une décision en juillet 1989, avec livraison du premier appareil mi-92.

Un état complet de la flotte fait en 1990 avait révélé d'importants problèmes de corrosion et de criques sur l'ensemble des appareils, notamment au niveau des ailes et des cadres de structure aux jonctions entre les pièces du C-97 et les extensions du Guppy.

L'état des appareils au 1er mars 1990 était le suivant :
  • F-BTGV : 16160 heures de vol (5550 comme C-97 et 10610 comme Guppy)
  • F-BPPA : 14240  heures de vol (4520 comme C-97 et 9720 comme Guppy)
  • F-GDSG : 13610 heures de vol (9290 comme C-97 et 4320 comme Guppy)
  • F-GEAI : 11950 heures de vol (8090 comme C-97 et 3860 comme Guppy)
La flotte demandait des soins constants de la part des équipes d'UTA. Les  pièces détachées devenant de plus en plus rares, la situation risquait de devenir critique dans les années à venir si rien n'était fait. Partant de ce constat, l'état major d'Airbus commença à prendre conscience qu'il faudrait peut-être trouver une alternative ou un remplaçant aux Guppies. C'est pour cela qu'une étude de faisabilité fut entreprise dès juin 1990 pour trouver un remplaçant au Super Guppy, prenant à contre-pied toutes les études en vue de construire un Guppy n°5 voire n°6 ! Construire un avion en prenant une cellule de presque quarante ans d'âge ne ferait tout simplement pas l'affaire : il fallait tout reprendre à zéro. A zéro ? Pas tout à fait : le concept du Guppy avait largement fait ses preuves, et il suffisait d'adapter le concept à une cellule plus moderne pour disposer d'un appareil plus récent.

L'avion de base retenu fut l'A300-600R, rentré en service en mai 1988, version à long rayon d'action de l'A300-600. L'étude de faisabilité se termina en avril 1991, donnant lieu à une note de synthèse dès décembre 1990, et une étude d'industrialisation, approuvée par Airbus : le projet de l'A300-600 Super Transporter pouvait débuter ! Afin de mener le projet à bien, une société sera même crée entre l’Aérospatiale et DASA : la Special Aircraft Transportation International Company (SATIC). Les choses allèrent vite : le premier appareil, surnommé Béluga, fit son premier vol le 13 septembre 1994, et la certification fut accordée en octobre 1995. Quatre autres Beluga seront construits à raison de un par an.

La relève arrive


Les Guppies pouvaient à présent partir en retraite, après plus de 25 années de bons et loyaux services. Le F-BPPA effectua son dernier vol commercial le 15 mars 1996 en atterrissant à Toulouse, il totalisait 14110 heures de vol et 6261 atterrissages. Il ne devait jamais plus quitter Toulouse. Peu de temps après, le 30 avril, le F-BTGV arrivait à Bruningthorpe en Angleterre, après 15060 heures de vol et 6729 atterrissages.

F-GEAI, l'appareil le plus récent de la flotte, fut donné à l'ESA, l'Agence Spatiale Européenne, laquelle le céda immédiatement à la NASA en échange d'un certain nombre d'heures de vol à bord de la station spatiale internationale. Il fut livré à Houston le 23 octobre 1997.

Enfin, F-GDSG quitta Toulouse pour Finkenwerder via Bristol le 24 octobre 1997 afin d'être exposé devant le quartier général de DASA. Il s'agissait du dernier vol d'un Super-Guppy pour le compte d'Airbus.

Ainsi s'achevait l'épopée des Guppies pour Airbus, mais aujourd'hui encore, le F-GEAI a changé d'immatriculation pour devenir le N941NA et il vole encore pour le compte de la NASA.

Repeint et étincelant, l'ex F-GEAI vole encore aujourd'hui !


 


mercredi 14 septembre 2011

L'histoire des Guppies (8)

Huitième partie : Un quatrième Guppy

Le Guppy n°3 fut mis en ligne en juillet 1982. A cette époque le n°4 était déjà en cours d'assemblage au hangar H5 au Bourget.

C'est à cette époque que l'entité "Airbus Skylink" fut créée. Direction collégiale entre Airbus et UTA, elle était destinée à améliorer l'exploitation des Super-Guppy en réduisant les aller-retours de documents entre Toulouse et le Bourget. C'est aussi à cette occasion que les Guppies adopteront une nouvelle livrée, reprenant les couleurs d'Airbus (bandes de couleurs: bleu, rouge, orange et jaune)

La nouvelle livrée des Guppies


Le numéro 4 était en construction. Ce dernier Guppy était réalisé à partir d'un KC-97G, version militaire pour le ravitaillement en vol du Statocruiser. Pourtant, un élément manquait : la section arrière du fuselage, la section 45 (voir "L'histoire des Guppies (7)"). La situation était simple, il n'y avait plus de Stratocruiser disponible ! ASI rechercha une solution auprès des ferrailleurs, mais toutes les sections arrières avaient été ferraillées...la situation était bloquée. C'est alors qu'ASI trouva une solution : il n'y avait plus de Stratocruiser, mais il y avait un Guppy  disponible : le Pregnant Guppy, le tout premier appareil de la série, qui était sur le point d'être ferraillé. La section 45 du Prenant Guppy sera donc récupérée, et expédiée à UTA en France pour l'assemblage du Guppy n°4.

L'assemblage de la partie inférieure débuta en octobre 1981. Le hangar H5 du Bourget accueillit donc deux Super Guppy en construction à cette période ! Pourtant, pour cet appareil, Airbus refusa d'utiliser un Super-Guppy pour aller chercher les sous-ensembles aux États-Unis : les trois Guppies étaient tous occupés pour des transports d'Airbus, et ne pouvaient pas être détournés de leur mission première. Il faudrait donc acheminer les sous-ensembles par voie maritime et routière !

Réalisation pratique, respect du budget, tout était à résoudre. Finalement, deux chargements seront réalisés, chacun dans une caisse de 13 mètres de long par 6 de large par 3 de haut, correspondant au gabarit d'une aile avec ses bâtis moteurs, et une dérive. Les deux caisses sortirent des hangars de Santa Barbara le 12 avril 1982. La première étape consistera à relier la mer pour charger les caisses sur un navire : la distance n'était que de 3km, mais le chemin passait par une réserve naturelle protégée : il faudra négocier l'autorisation de construire une route temporaire, à condition qu'elle soit enlevée juste après, et le site remis en état !

 Les caisses furent chargées sur une barge qui rallia le port de Long Beach à Los Angeles, où les caisses furent transbordées sur un navire, le 'Lafayette' . Au terme de trois semaines, après avoir traversé le canal de Panama, le golf du Mexique et l'Atlantique, le navire atteignit le Havre.

Transbordées sur une péniche, les caisses remontèrent la Seine jusqu'à Gennevilliers...il fallait continuer par la route....7 heures de trajet nocturne, par des voies ne comportant ni pont, ni ligne électrique trop basse etc...autant de difficultés qui rappelaient pourquoi le guppy était aussi indispensable !

Le convoi arriva devant le hangar H5 au petit matin du 14 mai 1982. Pendant ce temps, le Mini-Guppy avait également été mis à contribution, pour acheminer le cockpit ainsi que les surfaces des commandes de vol jusqu'au Bourget. Tout était prêt, l'assemblage pouvait se poursuivre.

L'appareil sortira du hangar le 1er avril 1983, un an jour pour jour après le numéro 3, et comme prévu dans le planning établi en 1979 entre UTA et Airbus ! Le premier vol eut lieu le 21 juin 1983, l'avion étant immatriculé temporairement F-WEAI. L'avion ne refit qu'un seul vol supplémentaire le 23 juin avant de recevoir son certificat de navigabilité, signé le 28 juillet 1983, l'avion totalisant alors 9 heures de vol, et il reçu son immatriculation définitive : F-GEAI.. Alpha India...ou Airbus Industrie !

Le premier vol commercial eut lieu le 2 Août : la flotte était complète !

Suite

lundi 12 septembre 2011

L'histoire des Guppies (7)

Septième partie : la famille s'agrandit

La construction de deux Super-Guppy supplémentaires débute donc en 1980. N'oublions pas que les Stratocruiser allaient sur leur 30 ans d'âge, et que le concept du Guppy avait déjà presque 20 ans !

UTA se mit au travail immédiatement après la signature du contrat, remplissant le hangar H5 du Bourget d'une forêt d'échafaudages et de bâtis en tout genre. La première étape consistait à réaliser la partie inférieure, à partir d'un segment de Stratocruiser. La REVIMA, filiale d'UTA réalisera ainsi une partie importante du fuselage arrière. La partie la plus importante est le tronçon 45 : il s'agit de le section du fuselage portant l'empennage horizontal. Cette section était la plus rare, car on ne la trouvait que sur les Stratocruiser (construits à 56 exemplaires) alors que les versions militaires C-97 et KC-97 (consrtuites à 888 exemplaires, donc disponibles beaucoup plus facilement) possédaient une section modifiée avec des portes cargo pour les C-97 et une perche de ravitaillement en vol pour les KC-97, qui ne pouvait pas s'adapter au Super-Guppy. UTA ayant acheté un Statocruiser en prévision de construire un Super-Guppy, cette section 45 était devenue introuvable au moment de l'utiliser pour le Guppy n°3.

Section 45 du Stratocruiser (n° 17 et 75)


Pour faire le lien entre UTA et ASI, la société américaine détache Bob Swift au Bourget. En effet, le certificat du Super-Guppy appartient toujours à ASI, de même que la documentation technique afférente, toutes les modifications demandées par UTA doivent être acceptées par ASI, d'où ce besoin de coordination.

La REVIMA termina l'assemblage de la partie inférieure au terme de deux mois et demi de travail. Le convoi quitta l'usine normande du groupe le 20 Août 1980. Le trajet faisait 180 km en ligne droite...mais il faudra en faire presque 500 pour atteindre le Bourget ! L'assemblage des éléments inférieurs commença à l'automne.

Avant d'entamer cette assemblage, il fallait attendre le nez ainsi que le caisson central de voilure fabriqué par ASI. Pour les acheminer rapidement, comment faire ? Avec un Super-Guppy bien sûr ! Le F-BPPA sera donc mis à contribution, après l'avoir équipé d'une centrale inertielle afin de suivre avec précision les routes de navigation le long de l'atlantique.

C'est ainsi que début novembre, le F-BPPA fera son retour aux Etats-Unis, sous les ovations du personnel d'ASI qui l'avait fabriqué 8 ans plus tôt ! La direction d'UTA profita de cette occasion pour rendre la politesse à ASI : le F-BPPA n'était pas venu le ventre vide : il était chargé de nombreuses caisses de bouteilles de vin, ainsi que d'autres présents pour le personnel d'ASI. F-BPPA retournera au Bourget, chargé du nez et du caisson central du futur Guppy n°3.

Super-Guppy transportant Super-Guppy !


L'ensemble inférieur du Guppy sera assemblé et complété au printemps 1981, avant de passer à l'assemblage de la soute. Le F-BPPA retournera deux fois aux Etats-Unis en Août 1981, pour aller chercher d'abord l'aile gauche et le plan fixe horizontal, avant de revenir chercher la deuxième aile et la gouverne verticale.

L'assemblage pouvait se poursuivre, avec les ailes et le montage du train atterrissage. Le nouvel appareil quitta le hangar H5 le 13 février 1982, afin de laisser la place au numéro 4 qui commençait à prendre forme. Remorqué au hangar H4 pour les finitions, il reçut notamment tout son aménagement intérieur ainsi que ses moteurs.

Le "roll out" ou sortie officielle, eut lieu le 1er avril 1982...une bonne date pour un avion avec un nom de poisson ! La première ouverture du nez eut lieu quelques jours plus tard...la longue checklist se déroula sans incident, jusqu'au moment d'ouvrir le nez proprement dit... rien ne bougea. Comme rien ne semblait bloquer l'ouverture, il fut décidé de forcer. Le nez bougea avec un craquement métallique...en examinant la séparation, on s'aperçut qu'un boulon avait été mis pour solidariser les deux parties pendant l'assemblage...et qu'il n'avait pas été retiré, et venait de traverser un cadre fort.....l'avion neuf venait de gagner le droit de retourner au hangar pour être réparé !

Le premier vol eut lieu le 11 juin 1982, sur l'itinéraire Evreux, Nantes, Caen et retour. L'appareil volait à merveille, malgré quelques défauts et réglages qui allaient occuper les équipages et les équipes d'UTA quelques temps. Le principal concernaient les marges de décrochage qui ne correspondaient pas aux valeurs indiquées par les anémomètres...il fallut de nombreux vols pour identifier l'influence de l'entrée d'air du système de climatisation qui avait été modifiée par rapport aux avions 1 et 2...Une fois cette entrée d'air modifiée, tout rentra dans l'ordre, et l'avion fut déclaré bon pour le service, recevant son certificat de navigabilité le 28 juillet 1982 après 46 heures de vol.

Le livret d'aéronef fut ouvert le 30 juillet, l'appareil étant immatriculé F-GDSG....SG pour Sierra-Golf...ou Super-Guppy !

lundi 5 septembre 2011

L'histoire des Guppies (6)

Sixième partie : Comment Airbus confie la construction d'un Boeing à une compagnie aérienne...

En 1977, Airbus entreprit de reprendre contact avec ASI...sans trop d'espoir : vu les difficultés rencontrées par la société lors de la construction des Guppy n°1 et 2, les chances qu'elle ait fait faillite était grande. Contre toute attente, ASI existait toujours : Erich Braun retrouva ses coordonnées dans un annuaire (n'oublions pas que c'était avant l'époque d'internet !)

La société avait beaucoup évolué : elle était devenue une filiale du groupe Unexelled Chemical, et ne faisait plus que du travail de sous traitance...

Félix Kracht invita donc Kirk Irwin, PDG de ASI à une réunion à Toulouse le 15 février 1978. Au cours de cette réunion, Irwin fut informé de l'intention d'Airbus d'acheter un voire deux Super-Guppy supplémentaires...Kirk Irwin répondit que ASI avait changé, devenant société de sous-traitance pour survivre, les Guppies n'ayant jamais eu le succès commercial espéré aux États-Unis. Malgré cette mise en garde, Airbus signa avec ASI une intention d'achat, mais il fallait trouver une solution pour la construction de cet appareil supplémentaire.

Les besoins d'Airbus étaient clairs : l'augmentation des cadences ainsi que les quelques accidents qui avaient eut lieu sur la flotte, rendait le Guppy absolument critique, et si le F-BPPA n'était qu'un avion de réserve au début de sa carrière, il était de plus en plus sollicité. Pour grandir, Airbus avait besoin d'au moins un Super-Guppy supplémentaire. Dans le même temps, cette réunion de 1978 acheva de convaincre Airbus que pour anticiper l'avenir, ce n'est pas un, mais deux appareils supplémentaires qu'il faudrait !

Super-Guppy au petit matin à Toulouse

ASI réfléchit au problème, et mit plusieurs mois avant de proposer une réponse formelle à Airbus. Elle envisagea plusieurs solutions :
- soit la vente à Airbus du Super-Guppy de la NASA (N1038V), appareil qui était loué par ASI à la NASA, et/ou l'achat d'un Super-Guppy Turbine
- soit la vente à Airbus de deux Super-Guppy Turbine

Informé de cette offre d'achat, la NASA refusa de voir partir cet avion qui lui rendait tant de service, et annonça son intention d'achat. La vente fut finalisée en février 1979. En attendant ASI ne pouvait plus proposer cet avion à la vente : il fallait trouver comment construire de nouveaux appareils.

Une solution était d'embaucher, mais ASI savait que ce plan de charge ne serait que temporaire...l'autre solution était la sous-traitance : faire réaliser les avions par une autre société...mais laquelle ? Les partenaires d'Airbus n'avaient ni les connaissances, ni le désir de se lancer dans "un chantier de bricoleur" ! Habitués aux standards de l'aéronautique et à la production en série, ni l'Aérospatiale ni VFW en Allemagne ne souhaitaient se lancer dans le chantier de construction d'un Guppy, encore moins de deux !

Finalement, Airbus se tourna vers une autre société : UTA...Ce choix semblait logique : de par son contrat d'entretien avec Airbus, elle connaissait les Super-Guppies mieux que quiconque excepté ASI ! De plus, le savoir faire d'UTA était connu dans le monde entier : ses chaudronniers avait la réputation d'être les "aristocrates" de la profession, réalisant des merveilles pour réparer le résultats d'une rencontre fortuite entre une aile d'avion et un muret, un escabeau ou tout autre objet. La décision fut prise : UTA réaliserait l'assemblage pour Airbus !

Le schéma industriel devenait plus complexe : ASI découperait et préparerait les éléments du Stratocruiser (nez, dérive, ailes) avant de les expédier au Bourget, ou UTA réaliserait pour Airbus l'assemblage final du Guppy : la compagnie aérienne (qui n'avait jamais acheté d'Airbus !) devenait constructeur d'avion (un modèle de chez Boeing en plus !) pour Airbus : le monde à l'envers en somme !

Côté ASI, l'agrément de licence fut signé le 17 décembre 1979. Par suite de ce contrat, ASI restait propriétaire du certificat type du Super-Guppy, concédant à Airbus la licence de construction pour deux avions, avant le 31 décembre 1986 au plus tard. La transaction étant réalisée pour un montant de 2,5 millions de dollars !

Cela semble complexe, mais UTA n'ayant pas la licence de constructeur d'avion mais le savoir faire, devait travailler pour Airbus qui possédait la licence de constructeur d'avion, mais pas le savoir-faire ! Airbus s'occupa du problème de licence et de certification auprès des autorités françaises, ASI lui fournissant tous les justificatifs nécessaires, pendant que UTA réaliserait les avions avec les pièces acheminées des Etats-Unis !

C'est ainsi que pas moins de trois contrats importants furent signés le 15 avril 1980 :
- le premier entre UTA et Airbus, pour la modification du contrat d'entretien, désormais étendu à quatre Guppy
- le second, toujours entre UTA et Airbus, pour la livraison des Guppy n°3 et 4
- le troisième entre UTA et ASI pour la sous-traitance des pièces de Stratocruiser.

ASI devenait ainsi sous-traitant de deuxième niveau pour Airbus, tout en restant propriétaire du certificat de l'avion réalisé par le sous traitant de premier niveau qu'était UTA pour le constructeur Airbus qui ne construisait rien dans cette histoire....Nous l'avons compris : c'est compliqué, mais l'essentiel était là : l'avenir de la production d'Airbus était assurée pour les années 80 !


Un appareil devenu indispensable, dont l'assemblage tenait du bricolage