lundi 15 avril 2013

Le Bourget - Roissy...en Guppy

Une petite histoire intéressante sur le Guppy que j'avais envie de vous partager : la réponse à la question "quel a été le premier appareil à se poser sur l'aéroport de Roissy", la réponse est...le Super-Guppy, et même le F-BTGV pour être précis ! Petit retour en arrière

Le général de Gaulle lance en 1964 un grand projet sur huit ans pour réaliser un nouvel aéroport parisien. L'équation est simple : le Bourget est le premier aéroport parisien, mais il devient beaucoup trop petit, et se trouve enclavé ce qui empêche toute extension. Orly peut s'étendre vers l'Ouest, mais pas tant que cela…pour accueillir les millions de voyageurs prévus au cours des années 70, il faut un nouvel aéroport.

Le Terminal 1 de Roissy en grand chantier


Ce nouvel aéroport de Paris-Nord, plus tard rebaptisé Roissy en France, et enfin Roissy - Charles de Gaulle à la mort du général, se présente dans un premier temps avec un unique terminal en forme de camembert et une unique piste.

Les travaux débutent en 1968. En 1970, les services administratifs du Bourget commencent à déménager vers les nouveaux locaux. C'est aussi un grand déménagement pour les compagnies aériennes. C'est notamment le cas de l'UTA, qui possède ses services d'entretien et de formation au Bourget. Si les départements d'entretien restent au Bourget, dès 1971 les services administratifs commencent à déménager.

A la fin de l'année 1971, UTA commence le déménagement de son service de formation, et se retrouve face à une question : comment déménager ses simulateurs de vol ? Le trajet n'est pas particulièrement long, mais la taille des simulateurs demande un convoi exceptionnel, sans parler de la fragilité de l'ensemble.

Le F-BTGV, nouvellement mis en service au sein de l'aéromaritime

Plutôt que de former un convoi exceptionnel avec escorte et tout, UTA va faire appel à ses propres moyens de transport…en utilisant l'un de ses derniers appareils : le Super-Guppy. Il s'agit du numéro 1, le F-BTGV, qui est basé au Bourget à cette époque. Il est arrivé des Etats-Unis à peine un an plus tôt et est ens ervice commercial depuis moins d'un an !

C'est ainsi que le Guppy va se retrouver mobiliser pour un vol d'à peine 10 minutes…allant du Bourget à Roissy. C'est ainsi que dans les premiers jours d'octobre 1972, le F-BTGV va se poser à Roissy, et inaugure la nouvelle piste qui est encore en construction. Il amène un simulateur de vol de DC-10-30, avion largement utilisé par l'UTA et l'Aéromaritime à cet époque.

Le F-BTGV apporte le simulateur du DC-10-30 de l'UTA

mardi 12 mars 2013

Peinture et éboulement de documentation


Petite visite de courtoisie au F-BPPA le weekend dernier, qui est actuellement garé/coincé en zone Airbus sur le site de la FAL (Final Assembly Line, ligne d'assemblage finale) de l'A380 (aussi dit FAL Jean-Luc Lagardère).

Le F-BPPA prenant le soleil


Les visites ne sont pas simples : il faut d'abord être déclaré à la sécurité du site, montrer patte blanche et ensuite se faire escorter. On ne peut en effet pas circuler librement sur le site, il faut obligatoirement être escorté (imaginez que l'envie me prenne soudainement d'aller voir de plus près comment on construit un A380 et que j'abîme quelques chose…)

Le F-BPPA connait une vie très active ces derniers temps. Il y a quinze jours, il a fait un petit voyage de son emplacement actuel vers un hangar de peinture de la société STTS, pour repeindre la bande bleue ainsi que les marquages "Airbus Skylink" et le numéro 2, suivant le plan de peinture "arc en ciel" d'Airbus. D'autres voyages sont prévus pour continuer ce travail.

Guppy sous cocon (photo Ailes Anciennes Toulouse)

Le but de la visite de ce we était de retrouver de la documentation concernant l'ouverture de l'appareil en vue de la préparation de son installation au musée, et là première découverte : suite aux voyages récents du Guppy, l'armoire sur laquelle j'avais patiemment rangé toute la documentation….s'est effondrée…

La documentation du Guppy telle que je l'avais laissée en septembre dernier...

Je sais que je l'avais bien chargée, mais tout de même ! Après analyse, tous les pieds situés d'un côté ont cédé, entrainement un éboulement de plans dans la soute.

Et le résultat samedi dernier...oups...

Défaillance structurale majeure...


La journée à donc consisté en partie a relever toute la documentation…et à la stocker par terre…vu que les étagères sont fichues et que le Guppy va sans doute être amené à faire d'autres petits trajets au cours des semaines à venir…mieux vaut prévenir que guérir ! 

Nouveau rangement temporaire...


Il faut encore repeindre les trois dernières bandes de couleurs, et en dernier peindre l'appareil en gris pour le protéger avant son installation à Aéroscopia, ce qui devrait intervenir cet été.

Guppy au soleil...


Mais rien qu'avec le bleu de refait, l'appareil a déjà bien meilleure allure !

mardi 8 janvier 2013

A deux doigts de la catastrophe

"Mayday Mayday, ici 1038 Victor, nous venons d'avoir de gros dommages structurels en vol, sommes en train de nous préparer à quitter l'appareil"

Nous sommes le 25 septembre 1965, l'histoire se passe quelque part au dessus du désert de Mojave en Californie. Le Super-Guppy (version  NASA, différent de celui de Toulouse ou de Birmingham, qui sont des Super-Guppy Turbine 201) est en vol d'essai. Cela fait presque un mois qu'il subit une intense campagne d'essai depuis son premier vol le 30 août 1965. Ce vol du 25 septembre était d'ailleurs le dernier vol d'essai avant la certification de l'avion : il fallait juste tester le piqué à haute vitesse. Le vol avait bien commencé, mais faillit tourner au cauchemar.

Le piqué commence à 10 000 pieds, et l'appareil arrive à 440km/h lorsque une violente explosion se fait entendre dans le cockpit, avec une forte luminosité. L'avion se met immédiatement à vibrer très sévèrement. Le pilote pense tout de suite qu'il vient de rentrer en collision avec un autre appareil, le pire des scénarios. L'appareil semble vouloir se désintégrer sur place.

Pour un trou, c'est un trou !
En réalité, le nez de l'appareil, situé au dessus du cockpit vient de céder, laissant la place à un trou béant de près de 6 mètres de diamètre, qui n'est pas aérodynamique du tout. Sous l'effet de la brusque pression, les issues de secours et les portes du cockpit ont été arrachées de leurs gonds. L'avenir immédiat de l'appareil semble bien compromis.

Paul Smith et Larry Engle, qui sont en place avant, se ruent sur les commandes moteurs pour les amener au ralenti-vol et diminuer tant que possible la vitesse. Le reste de l'équipage est tout aussi surpris par cette explosion inattendue. Alex Analavage est mécanicien navigant, assisté de John Kinzer, ingénieur d'essai et Ollie Olivier qui est ingénieur système. Ce dernier est dans la soute inférieure avant sous le cockpit, où des instruments de mesure ont été installés. Sous  l'effet de l'explosion, la porte du cockpit a sauté de ses gonds, lui écrasant la cheville au passage.

La réduction de la puissance des moteurs réduit la vitesse rapidement, qui passe en dessous de 240km/h…avant que le buffeting de l'avion ne devienne de plus en plus sévère. L'équipage qui n'est constitué que de vétérans aguerris identifie la situation en un quart de seconde : la vitesse devient trop faible et l'avion va décrocher. Je vous rappelle que le Guppy n'était pas vraiment à l'aise en situation de décrochage. Le risque de perdre l'avion devenait réel.

Larry Engle remet les gaz, et l'avion met de longues secondes à se calmer, avant de remonter vers une vitesse plus raisonnable de 280km/h. L'équipage se prépare à sauter via la trappe de secours située dans le puits du train avant, particularité unique du Super-Guppy NASA, que l'on ne retrouvera pas sur les Super-Guppy Turbine. Malheureusement, toutes les antennes radio ayant été relocalisées sous l'avion, les membres d'équipage risquaient de se faire couper en deux par lesdites antennes…notre équipage était donc pris au piège.

Deux autres vues de l'avant après l'accidents
Pour ne rien arranger, le test de piqué doit s'effectuer avec le poids maximum pour être représentatif. Aerospacelines avait donc "emprunté" 14 tonnes de borate à une compagnie chimique en sacs de 50 kilos. Lorsque le nez à cédé, les pièces métalliques tranchantes comme des rasoirs ont percé de nombreux sacs, et le borate commence à se répandre dans la soute mais aussi dans le cockpit, diminuant nettement la capacité de l'équipage à voir l'extérieur. L'équipage ouvre les fenêtres du cockpit et l'appel d'air permet de vider une bonne partie du borate qui s'était infiltré dans le cockpit.

Ollie Williams, qui ne sait pas encore que sa cheville est brisée, part dans la soute inspecter les dégâts..et n'en revient pas : l'avion est devenu décapotable ou presque ! Il revient dans le cockpit annoncer sa découverte, et aussi pour se protéger, certaines pièces longues d'une bonne vingtaine de centimètres et affutées comme des rasoirs continuant de se détacher du nez et de venir s'empaler sur la paroi arrière…

Devant les dégâts, l'équipage juge la situation désespérée, et se prépare à sauter quand même, malgré le risque de finir coupé en deux par les antennes. Le pilote ne peut même pas tenir le micro devant lui sans se frapper avec tellement l'avion tremble. Et pourtant,  une petite lueur d'espoir se fait jour : les issues de secours ayant sauté, l'air s'évacue au niveau des ailes, équilibrant progressivement le pression interne, et le borate s'envole progressivement, ce qui allège beaucoup l'avion.

L'équipage demande d'urgence une escorte pour inspecter les dommages et par chance un DC-9 venait justement de décoller d' Edwards pour un vol d'essai. Il part rejoindre le Guppy en détresse "manettes au tableau". Arrivé sur place, l'équipage du DC-9 n'en croit pas ses yeux, mais donne la première bonne nouvelle du vol : la queue est intacte, le plan fixe horizontal aussi : toutes les surfaces de vol sont encore intactes. L'équipage prend la décision de rester et de sauver l'avion ! C'est une décision assez risquée malgré tout, car nul ne sait jusqu'où la queue de l'appareil pourra survivre aux terribles vibrations qui agitent l'avion. Si elle se détache, l'appareil deviendra incontrôlable et c'est le crash assuré.

Oh, c'est juste de la tôle !
Avec l'aide du DC-9, le Guppy commence sa descente vers le lac pétrifié qui sert de piste à la base d'Edwards. La descente se fait lentement malgré les terribles vibrations qui continuent de secouer l'appareil. L'équipage ne sort pas les volets, et baisse le train au tout dernier moment, à moins de 15 mètres de la piste ! Le contact avec le sol se fait en douceur, et l'équipage laisse l'appareil rouler jusqu'à ce qu'il s'arrête. Il faut dire qu'avec un lac pétrifié de près de 20 km de long, il y a la place ! L'équipage pousse un grand soupir de soulagement face au silence qui règne désormais à bord. Cela fait 17 minutes que le nez a cédé.

L'appareil est sauvé, donc tout va bien (vu qu'il s'agit là d'un appareil unique). Le nez de l'appareil sera refait en à peine 5 semaines, renforcé et c'est le pilote d'essai de la NASA, Joe Walker, qui fera le vol d'acceptation pour l'agence spatiale. Le Super-Guppy deviendra rapidement indispensable à la NASA jusqu'à son retrait de service à la fin des années 80, faute de pièces. Il est actuellement exposé au "Pima Air and Space Museum" près de Tucson dans l'Arizona.

lundi 3 décembre 2012

Visite sur le F-BTGV

Si vous suivez les actualités de mon autre blog sur Hist'Aero, vous savez déjà que je suis allé visiter le "Cold War Jets Museum" de Bruntingthorpe. Le principal but de la visite était de rencontrer le Super-Guppy n°1, le F-BTGV, et son équipage. (Voir son histoire ici)

Le premier Super-Guppy Turbine, le F-BTGV, n°1
J'avais donc pris contact avec le responsable de la restauration du n°1 pour fixer une date et venir voir ce Guppy, identique à quelques détails près au n°2 que je connais si bien.  Ma fiancée et moi-même sommes donc arrivés à Birmingham en fin de matinée le dimanche pour la visite, après une bonne heure de conduite du "mauvais côté" de la route.

Le F-BTGV est garé sur un emplacement de tarmac en plein cœur du "Cold War Jets Museum" qu'il domine de son imposant fuselage. L'appareil était déjà ouvert, et j'ai pu rencontrer l'équipe qui travaillait dessus. Ce fut l'occasion de faire un tour extérieur et intérieur de l'appareil, le tout sous un magnifique soleil, chose loin d'être évidente, vu que nous avions eu principalement de la pluie à Birmingham.

Un Guppy qui a de la place !

Côté extérieur, la décoration est la même que le numéro 2 de Toulouse, la livrée "arc en ciel",à la différence près que les bandes de couleurs ont été repeintes sur une bonne partie du fuselage, donnant un aspect un peu plus "neuf" à l'appareil. Mais en regardant de plus près, on s'aperçoit vite que l'appareil souffre beaucoup du climat : corrosion et mousse fleurissent sur les parties basses de l'appareil. L'objectif de l'équipe est de s'attaquer au nettoyage de la partie basse, afin de la repeindre avec de la peinture anticorrosion. Rappelons que le Super-Guppy n'est pas peint : sa couleur aluminium est le finish naturel du métal, un peu terni par le temps, il faut bien l'avouer. Le numéro 1, comme le numéro 2, n'échappe pas à la règle.

Un aspect très terne...et une gouverne qui n'est plus dans l'axe...
Les commandes de vol n'étant pas bloquées, la dérive verticale a été déplacée et endommagée par le vent, elle est à présent coincée en position extrême sur la gauche. J'en ai donc profité pour recommander le blocage des commandes en utilisant les peignes de blocage de la soute inférieure avant, chose qui a été faite…le lendemain de ma visite ! Le blocage des commandes a permis d'enlever la corde qui entravait les deux volants de manœuvre du cockpit !

Les guide-câbles sont en place

On trouve quelques dommages sur la carlingue, dont un impact majeur qui avait cisaillé des cadres. La réparation à été faite de manière professionnelle.

Côté intérieur, l'aménagement est différent du numéro 2. En effet, l'équipe du numéro 1 à choisi de percer le plancher de la soute principale au niveau de la soute arrière. Une échelle permet ainsi d'accéder à la soute principale sans passer par le cockpit. Plus simple qu'à Toulouse pour les visiteurs, même si je regrette la contorsion qu'il faut effectuer pour monter ou descendre dans le cockpit, qui distingue les "pros" des autres ;-)

Un accès facilité pour les touristes ;-)
Le plancher de la soute est recouvert de planches de bois, ce qui évite les soucis du #2 où il faut faire attention aux endroits où l'on met les pieds, mais enlève l'aspect "métallique aéro" de l'appareil. Les panneaux en fibre de verre ont été repeints, ce qui donne un aspect beaucoup plus lumineux à la soute.

On a de la lumière à bord ! L'équipe a posé des spots de chantiers qui sont alimentés par une source extérieure, ce qui permet d'avoir de l'éclairage dans la soute cargo et les deux soutes intérieures. Une autre surprise nous attendait : un groupe local de hard-rock avait "emprunté" l'appareil pour en faire son studio…nos pauvres oreilles n'ont pas été ravies...

Vue de la soute cargo...les instruments de musique au fond ne font pas partie du décor en temps ordinaire !
Au niveau de la porte cargo, on remarque un jeu assez important en regardant vers le haut. Le F-BTGV connait quelques problèmes de porte, qui ne peut pas être complètement fermée, vraisemblablement suite à une ouverture puis fermeture avec un lest trop lourd dans le nez de l'avion.

On ne dirait pas, mais il y a un sacré écart en haut !

Visite ensuite dans le cockpit, où il manque de nombreux instruments, dont le grand trou au milieu, l'écran du radar. Ces instruments ont été volés par des personnes indélicates à une époque où l'avion restait ouvert sans surveillance. L'équipe a remplacé plusieurs instruments par des panneaux de Boeing 747, qui ne sont pas identiques aux originaux, mais qui permettent au moins de combler quelques trous. Malheureusement on ne peut pas faire grand-chose pour l'écran du radar, qui est assez large et manque vraiment comme le nez au milieu de la figure. Si quelqu'un possède un "Color Digital Monitor MI 585.162-2 RCA" merci de se signaler !

Des sacrés trous ! Planche de bord
Soute inférieure ensuite, où j'ai pu voir un élément que je n'avais encore jamais vu : la "tee bar", barre de guidage du diabolo de manœuvre pour l'ouverture du nez. Cette barre assez lourde se branche sur la base du diabolo de manœuvre, et comporte un bouton "open/close" ainsi qu'un bouton d'alimentation du circuit. Nous en avons les plans à Toulouse, mais cette barre n'a pas été livrée en même temps que le F-BPPA.

La fameuse "Tee Bar"
Le rack radio est à peu près complet, les principaux boitiers sont présents. Aucun besoin d'une lampe torche pour vérifier tout ça, ça me fait très bizarre ! Plus en arrière, la centrale de conditionnement d'air est complète, autre différence avec le F-BPPA !

La centrale de conditionnement d'air (ou ECS)
Ensuite nous avons pu aller un peu plus au chaud autour d'un café pour discuter des chantiers sur les deux avions. L'ambition de l'équipe du n°1 est de préserver l'appareil en le remettant autant que possible dans son jus. Le travail principal consiste à nettoyer et protéger l'extérieur de l'avion, ainsi que nettoyer et compléter l'intérieur (soute et cockpit).

Ah, c'est rangé par ici ! (cloison arrière du réservoir de carburant central)

Ce voyage a été l'occasion de partager mes connaissances du Super-Guppy avec une équipe motivée et qui ne demande qu'à protéger ce bel appareil. N'ayant reçu aucune documentation avec l'avion, ils avaient déjà contacté la NASA, qui leur avait donné les manuels de vol et de maintenance N941NA. J'en ai donc profité pour faire un "échange" en leur donnant des copies électroniques de la documentation du numéro 2, en échange de la documentation de la NASA qui viendra enrichir la collection des Ailes Anciennes !

F-BTGV

Deux Guppy de visités, encore deux à faire !

Many thanks to Gaz, Ash, Ollie, Greg and Emma for their warm welcome and the private tour of the Guppy. I was glad to discover your aircraft and see all the wonderful work you are doing there. It was a real pleasure to meet all of you !

samedi 24 novembre 2012

Le 941 toujours au service de la NASA

Après un été particulièrement chargé, le Super-Guppy de la NASA, le N941NA, ex F-GEAI, reprend du service pour la conquête spatiale. Sa nouvelle mission va consister à transporter des éléments pour la capsule "Orion", la nouvelle capsule spatiale du nouveau programme de vol habité de la NASA.

Le Guppy N941NA en pleine préparation pour sa nouvelle mission

Une des premières missions pour le Guppy va être de transporter le bouclier thermique de la nouvelle capsule. Ce bouclier forme la base du cône de la capsule et son rôle est de protéger la capsule de l'échauffement durant la rentrée dans l'atmosphère.

Le premier exemplaire de la capsule est actuellement en cours d'assemblage en Floride au centre spatial Kennedy. Cet assemblage a débuté fin Août et devrait durer 17 mois. Les différents sous-ensembles sont construits à travers tout le pays. Lockeed Martin se concentre à présent sur la fabrication du bouclier thermique dans son usine de Denver (Colorado). Il est constitué de plusieurs couches d'un nouveau matériau composite, répondant au doux nom de AVCO 5029-39 HCG, et devant résister jusqu'à une température de plus de 2500°C.

Vue d'artiste du future vaisseau "Orion" avec son module de service (en bas) et son module de commande (en haut). La base du module de commande est composée du bouclier thermique


Une fois cet ensemble intégré, il faudra le transporter jusqu'en Floride, et c'est là que le Guppy entre en jeu. Avec un diamètre de 5,2 mètres, le bouclier thermique ne peut pas rentrer dans un avion cargo classique, mais il tiendra confortablement dans le Guppy et son diamètre interne de 7,7 mètres !

Un premier test de la capsule Orion est prévu pour la fin de l'année 2013 ou début 2014, avec un lancement prévu au sommet d'une fusée "Delta IV". Ce vol, dénommé Exploration Flight Test 1 (EFT-1), sera un vol inhabité destiné à tester les systèmes de vol et de rentrée dans l'atmosphère du véhicule.

Le Guppy a encore de belles missions à venir !

Carburant

Le Super-Guppy possède un circuit de carburant "classique" pour un avion des années 40. Les réservoirs sont en fait composés de plusieurs cellules en plastique souple (1). Ces cellules sont reliées entre-elles en plusieurs groupes formant des réservoirs. Chaque réservoir possède ses propres pompes et systèmes d'aspiration, alimentant un moteur en particulier. Une rampe permet l’interconnexion des différents réservoirs. Voir le schéma (2) pour une vue plus détaillée.

Schéma d'une cellule de carburant


Le Super-Guppy possède 5 réservoirs, totalisant 35 éléments en plastique souple, pour une capacité totale de 29 490 litres de kérosène (3). Il possède deux réservoirs par aile et un réservoir central, situé dans la soute inférieure au même niveau que l'emplanture des ailes.
Schéma d'une partie du circuit carburant du Stratocruiser / Guppy
Les réservoirs peuvent être remplis sous pression via la rampe d'alimentation générale, via une prise  située sous l'aile gauche de l'appareil. En cas de besoin, les réservoirs peuvent également être remplis par gravité (comme pour une voiture) grâce à des prises d'avitaillement situées sur les ailes.

Il y a deux pompes électriques à deux vitesses dans chaque réservoir, qui sont commandées par un sélecteur rotatif au poste du mécanicien navigant. Ce sélecteur à quatre voies (4) peut prendre les positions suivantes :
  • OFF : la valve est fermée et les moteurs éteints
  • TANK TO ENGINE : le réservoir alimente son moteur et est isolé de la rampe générale
  • TANK TO MANIFOLD : le réservoir n'alimente pas son moteur mais est relié directement à la rampe générale.
  • TANK TO ENGINE TO MANIFOLD : le réservoir alimente à la fois son moteur et la rampe générale.
  • MANIFOLD TO ENGINE : le réservoir est isolé et le moteur n'est alimenté que par la rampe générale.
Panneau du mécanicien navigant - les commandes carburant

Il n'existe pas de système de gestion automatique du carburant. C'est le rôle du mécanicien navigant de gérer le carburant en jouant sur les valves et la vitesse des pompes (5) pour assurer l'alimentation et la bonne gestion du carburant.

A noter que le réservoir central ne peut pas être relié aux autres : il s'agit d'un réservoir ballast, le carburant qu'il embarque servant de lest pour régler le centre de gravité vertical de l'appareil. Il ne peut pas être consommé pendant le vol.

Le contrôle du plein peut être fait à partir du cockpit ou du boîtier d'avitaillement mobile (cas le plus courant). Le boîtier d'avitaillement mobile est une sorte de télécommande, permettant de contrôler les valves de carburant de manière déportée. Il se compose d'un boîtier (6) pouvant être branché sous l'aile gauche de l'appareil. Un cordon ombilical étant relié à une prise électrique, il permet d'activer et de manœuvrer les valves de carburant des différents réservoirs de carburant. Ce boîtier se range ensuite dans la soute inférieure arrière pendant le vol.

Le panneau d'avitaillement mobile

Un ensemble de  mesures, constitué de valves à flotteur, est situé dans chaque réservoir, et permet de donner le niveau de carburant de chaque réservoir. Ce niveau est affiché sur le panneau du mécanicien navigant. On trouve également un système de "vide-vite" permettant de vidanger le carburant en vol, à raison de 700 litres par minute.

Dans la soute principale, se trouve une jauge à main (7), qui permet d'aller vérifier manuellement le plein de chaque réservoir via les points de ravitaillement par gravité. Cette jauge est équipée d'un abaque (8) permettant de connaître pour chaque réservoir la quantité de carburant en fonction du niveau immergé.

Cloison avant de la soute principale avec la jauge à main.

jeudi 8 novembre 2012

Hydraulique

Le Super-Guppy présente la particularité de posséder non pas un, mais deux circuits hydrauliques : un circuit "avion" et un circuit "auxiliaire". Ces deux circuits sont indépendants et complémentaires.

Circuit Auxiliaire

Ce circuit est celui qui est utilisé au sol pour manœuvrer les vérins et les broches de verrouillage, lors des manœuvres d'ouverture et de fermeture.

Il se compose d'un réservoir (appelé "bâche") non pressurisé d'une capacité de 20 litres environ (2). Ses deux sources de pressurisation sont : un moteur électrique alimenté par l'alimentation électrique sol, ou une pompe à main (3), située immédiatement à droite de la porte d'entrée.

panneau de commande principal
Un ensemble de clapets anti-retour empêche toute pressurisation de la bâche (circulation du fluide hydraulique en sens unique) et des clapets de surpression sont prévus pour s'ouvrir automatiquement en cas de surpression de l'ensemble des tuyauteries. Ils s'ouvrent à 86 bars.

Le panneau de commande principal (1) est situé à côté de la pompe à main et regroupe les principales commandes permettant de pressuriser les différents sous-éléments du circuit (vérins, diabolo de manœuvre, broche de verrouillage du nez). Il possède un sélecteur principal à trois positions :
  • Off : aucun circuit n'est alimenté, le circuit est isolé (utilisé en vol ou lorsque l'avion est au repos)
  • Main : circuit de manœuvre du nez alimenté
  • Pallet : circuit de verrouillage des charges alimenté

Les différents robinets qui sont présents sur ce panneau sont des valves d'isolement de type pointeau. Elles permettent de n'alimenter qu'un seul vérin à la fois en isolant les autres (ce qui simplifie le circuit, et permet d'isoler rapidement toute fuite). Tous les vérins en sont équipés, sauf celui du diabolo de manœuvre.

On trouve sur ce panneau les commandes pour :
  • les  2  vérins  de  stabilisation  fuselage  avant
  • le  vérin  du diabolo de manœuvre
  • les  2  broches  automatiques  supérieures
  • les  2  broches  automatiques  centrales
  • les  2  broches  automatiques  inférieures
  • les  6  broches  manuelles
  • les  4  broches  d'alignement.

Schéma du circuit hydraulique auxiliaire du Super-Guppy
La disposition des commandes n'est pas faite au hasard, et correspond à l'ordre d'utilisation normale des commandes (de haut en bas et de gauche à droite pour l'ouverture, l'inverse pour la fermeture)

Un bouton "HYD PUMP" permet la mise en route du moteur hydraulique.

Il existe deux autres panneaux de commande. Le premier est situé à la porte arrière, et permet de manœuvrer  le vérin de stabilisation arrière uniquement. Il comporte un manomètre, un robinet d'isolement et la commande de mise en marche du moteur hydraulique.

Le dernier panneau (4) est situé dans la soute principale, et permet de manœuvrer les broches de verrouillage de chargement. Il est équipé d'un manomètre, d'un bouton de mise en marche du moteur "HYD PUMP" ainsi que d'un sélecteur à trois positions permettant de sortir, rentrer ou verrouiller les broches de verrouillage. Un panneau indicateur (5) situé juste au dessus indique la position de toutes les broches de manière lumineuse.
4 - robinet de manoeuvre du système de verrouillage des charges. 5 - panneau indicateur

Circuit avion

Le deuxième circuit hydraulique est le circuit "avion". Plus "classique", il assure les fonctions suivantes :
  • Direction de la roue avant (6)
  • Freinage (normal et secours) (7)
  • Essuie-glaces (8)
L'ensemble du circuit n'est pressurisé que pendant les phases de roulage, de décollage et d'atterrissage. Il est dépressurisé pendant le reste du vol.

Une bâche hydraulique (9) (réservoir) est située sur le côté droit du cockpit, avec une réserve de 31 litres de fluide hydraulique (aussi appelé "Skydrol"). Un ensemble de tuyauteries amène ensuite le liquide sous pression là où il est nécessaire.

Schéma de la bâche hydraulique située dans le cockpit

Il y a trois pompes qui peuvent alimenter le circuit : deux pompes électriques (10), alimentées chacune par un des turbopropulseurs intérieurs, et une pompe auxiliaire (11) située sous le cockpit. En complément, il y a également une pompe à main (12) actionnée par le copilote. Cette pompe est utilisée en dernier recours si les trois pompes sont hors service. Le circuit moteur est protégé par des robinets coupe-feu actionnés par les poignées d'arrêt d'urgence en cas d'incendie sur les moteurs.

Schéma du circuit hydraulique avion du Super-Guppy

Le circuit est commandé par un sélecteur situé sur la planche co-pilote (13), suivant 3 positions
  • "EMERGENCY BRAKE CHARGING" : dans cette position, les pompes alimentent un circuit de secours permettant de charger des accumulateurs (14). Une fois les accumulateurs chargés, le frein de secours est disponible
  • "NORMAL" : le circuit du frein de secours est isolé, et tous les autres circuits sont mis en pression. C'est la position pour le roulage, le décollage et l’atterrissage.
  • "DEPRESSURIZED" : les pompes sont reliées directement à la bâche de stockage, ce qui empêche d'accumuler de la pression dans le circuit, même si les pompes sont mises en fonctionnement. C'est la position standard pendant le vol.
Vue depuis le siège du copilote.

Des clapets de surpression sont prévus pour s'ouvrir à 125 bar pour éviter toute pression excessive dans le circuit.

A noter que des prises auto-obturatrices sont situées à la station 300, pour permettre le découplage des tuyauteries menant aux moteurs lors de l'ouverture du nez. Le fait qu'elles soient auto-obturatrices fait qu'il n'est pas nécessaire de vidanger le circuit pour ouvrir le nez.

Situé sous le plancher du cockpit, le logement des accumulateurs du système de freinage d'urgence.

Le circuit de freinage normal est commandé depuis le palonnier, en appuyant sur les pédales. Le circuit commande directement les tambours de frein des deux trains principaux. Le circuit de secours est commandé par deux leviers situés sur le plafond du cockpit (15), juste au dessus du commandant. Ils permettent la décharge des accumulateurs de freinage dans le circuit de freinage des trains principaux. A noter que les tuyauteries sont indépendantes, ce qui signifie que, même si une fuite est détectée sur le circuit de freinage, le système de secours est toujours opérant. Cette redondance permettait d'assurer le freinage de l'avion, et ce même en cas de panne.