lundi 12 mai 2014

Visite du Super-Guppy de la NASA

Au terme de mon périple aux Etats-Unis le mois dernier, il me restait un dernier "objectif" de visite que je ne voulais pas manquer : le Super-Guppy de la NASA bien sûr !

Le dernier Super-Guppy en état de vol, basé à El Paso, Texas


L'histoire remonte à novembre 2012 lorsque je suis allé visiter le Super-Guppy F-BTGV en angleterre : Gaz, son responsable m'avait indiqué qu'il avait un contact à la NASA qui pourrait éventuellement me donner accès. Lors de la préparation de mon périple, j'ai donc contacté Stuart, qui est le "lead engineer", c'est à dire le responsable de la maintenance du Guppy de la NASA, afin de voir si il était possible de visiter le dernier Guppy en état de vol, qui n'est autre que l'ex Guppy numéro 4 d'Airbus, le F-GEAI

Stuart m'a répondu par retour de mail qu'il pouvait nous accueillir ma femme et moi sans problème pour une visite du Guppy, et que nous avions de la chance car l'avion est immobilisé pour modernisation à la date prévue pour notre visite !

De loin, sans bâtiment autour, il n'a pas l'air si grand !

Le 24 avril dernier donc, direction l'aéroport de Dallas Fort Worth pour faire un aller retour sur El Paso au Texas. La journée n'a pas très bien commencée pour cause de l'avion qui nous a fait le coup de la panne, une sombre d'histoire d'APU tombé en rade couplé à une fuite dans le circuit pneumatique...et bref il a fallut changer d'appareil ! Un vieux MD-80 remplaçant un autre vieux MD-80, nous avons enfin pu partir avec 2 heures de retard. Entre temps, j'avais réussi à changer mon billet pour repartir deux heures plus tard le soir, afin de ne pas trop écourter la journée !

Il brille, et il dépasse bien, vu depuis l'avion à l'atterrissage 

Arrivé à El Paso, j'ai déjà eu la surprise de voir le Guppy lors de l’atterrissage, brillant de mille feux à proximité de la piste ! Il faut dire qu'avec son revêtement polishé à l'extrême, il réfléchit bien la lumière du soleil, et du soleil il y en a dans cette partie des Etats-Unis. El Paso est une ville située à l'extrême nord-ouest du Texas, à quelques kilomètres de la frontière mexicaine, et le Guppy à du déménager ici suite à des problèmes de corrosion, et il a été décidé que le placer dans un climat chaud et sec serait bien meilleur pour le long terme, plutôt que de le laisser à Houston où le climat est beaucoup plus humide. La NASA possédant une petite installation à El Paso, qui se situe à moins de deux heures de vol de Houston, l'endroit était tout trouvé pour assurer le meilleur climat possible au N941NA !

La vitrine de l'aéroport d'El Paso...une belle découverte !


Même si il ne vole pas beaucoup (entre 100 et 150  heures de vol par an), le N941NA reste actif : il a beaucoup servi pour la construction de la station spatiale internationale (l'ISS), et sert maintenant à transporter des composants pour la nouvelle capsule Orion, après avoir également servi pour transporter les simulateurs de navette spatiale qui sont actuellement exposés au Museum of Flight de Seattle et au musée de l'USAF de Dayton.

Le nouveau nom du F-GEAI


Stuart m'avait également indiqué qu'il y avait une vitrine à l'intérieur de l'aéroport avec des maquettes des avions de la NASA qui ont été basés à El Paso au fil des ans. Installée dans le couloir d'un hall de l'aéroport, cette vitrine retrace l'histoire du dépôt. De haut en bas on trouve un Shuttle Training Aircraft ou "STA", un Gulfstream modifié avec un cockpit de navette spatiale utilisé par les astronautes pour s'entrainer à l'atterrissage de la navette spatiale, un T-38 "Talon", le Super-guppy, et un SCA, un 747 porte-navette.

La flotte des Gulfstream STA


Une fois arrivé sur le site d'El Paso, Stuart nous a présenté à la fois les activités et l'histoire du site. Déjà première précision, ce n'est pas un "centre" de la NASA, c'est un dépôt, aussi appelé "FOL" pour Forward Operating Location", qui historiquement était la base des STA ou "Shuttle Trainer Aircraft", une flotte de Gulfstream fortement modifiés pour simuler l'approche et atterrissage de la navette spatiale. Chaque appareil comportait un siège et une moitié de planche de bord identique à ceux de la navette spatiale, alors que toute la moitié droite était configurée comme un Gulfstream ordinaire. De 1981 à 2011, tous les commandants et pilotes de navette spatiale sans exception ont effectués des millions d'approches simulées grâce à ces appareils, générant ainsi une forte activité sur El Paso, mais hélas, toute cette activité à disparue depuis 2011.

La maintenance des T-38 est la grosse activité d'El Paso avec le Guppy


L'autre spécialité du FOL d'El Paso, c'est la modification et la maintenance au niveau dépôt de toute la flotte de T-38 "Talon" de la NASA. La NASA est un gros client des T-38 : appareil d'escorte, de liaison pour les astronautes, d'entrainement et de maintien des licences de pilotage, les astronautes l'utilisent beaucoup. Or cette flotte est assez vieille et le T-38 n'est pas un avion de conception récente. Les techniciens d'El Paso ont donc pour missions de "regénérer" des T-38 à partir des appareils existants. Pour ce faire, les techniciens vont changer les entrées d'air, refaire les longerons des ailes et du fuselage, refaire les harnais de câbles, moderniser le cockpit etc... C'est un vrai boulot d'artisan que de refaire ces T-38 et les techniciens qui travaillent sur place sont de vrais magiciens et parviennent à faire un avion presque neuf avec un avion en plus que bon état d'usage !

Et le Guppy, of course !! magnifique et étincelant !!


Et enfin, El Paso, c'est le Guppy ! N941NA est la nouvelle identité du F-GEAI d'Airbus, et il est utilisé en continue par la NASA depuis 1997, et volera encore pendant plusieurs années. Il est d'ailleurs en chantier pour une modernisation ambitieuse de ses systèmes de vol !

Welcome onboard N941NA !
Comme à la maison !
Autant dire que j'ai le sentiment "d'être à la maison" en montant à bord...l'odeur est exactement la même d'un Guppy à l'autre, surtout par une chaude journée comme celle là où il fait probablement 38° à l'intérieur de la soute et du cockpit, malgré une petite clim censée pulser de l'air frais à l'intérieur ! Bref, ça me rappelle tout à fait les visites cockpits des Ailes Anciennes !

Le treuil et ses élastiques...plus une nouvelle caisse à outils !

On notera à l'intérieur le treuil qui est équipé de ses élastiques de maintien. Le but de ces élastiques est de tendre la câble d'acier du treuil, rustique mais efficace ! On notera également que la NASA à installé une bonne caisse à outils qui reste dans l'avion en permanence pour pouvoir faire face à tous les petits bobos d'un avion dont les premiers éléments ont volés il y a 65 ans !! La centrale électrique n'a pas changée non plus...si ce n'est l'ajout d'un sticker "NASA" !

La centrale électrique n'a pas bougé !

La montée dans le cockpit réserve une surprise : il est vide...non non pas vide, mais vraiment vide : les sièges sont partis, la planche de bord, les sièges passagers, tout....il ne reste que le panneau du mécanicien navigant qui reste encore à peu près intact ! Alors que se passe-t-il ? La NASA s'est embarquée dans une grande opération de modernisation de son Super-Guppy, et il est immobilisé pour plusieurs mois. Dans la cadre de ce programme, quasiment tous les équipements radio seront modernisés, et la planche de  bord intégralement refaite, avec des instruments à affichage numérique ! Le guppy va passer de l'âge de pierre au XXIème siècle ! Au programme : ajout d'un TCAS (indicateur anti-collision), un vrai GPS, et un EFIS (hoizon artificiel / directeur de vol) digne de ce nom ! Bon en revanche pas de miracle sur le reste : aucun pilote automatique ou assistance sur les commandes n'est au programme !

Passé ma surprise initiale, j'ai hâte de découvrir ce que ça va donner !

L'habituel passage..


La planche de bord...ou du moins ce qu'il en reste : quelques faisceaux de câbles... 
Le panneau du mécanicien navigant, le seul épargné...
Le système de dégivrage des ailes qui fonctionne à l'aide de brûleurs est désactivé à la suite d'un incident où les pilotes ne pouvaient plus l'arrêter, risquant ainsi un incendie...la NASA à depuis décidé de faire sans !

Le panneau des disjoncteurs, avec les breakers du dégivrage bloqués.

Le rack de documentation est au dessus de la porte contrairement au GV ou PA
On découvre toute la structure interne de l'appareil, y compris la partie avant !

On passe ensuite dans a soute, et là un aperçu différent de ce que je connais : la NASA à retiré tout le capitonnage intérieur de la soute il y a quelques années, dans un souci d'alléger l'avion et de mieux détecter les problèmes de corrosion. On découvre ainsi toute la structure interne de l'appareil, y compris à l'avant ! Je regrette ne ne pas avoir pris le trépied pour prendre de meilleures photos !

Détail intéressant, toutes les tuyauteries hydrauliques et électriques qui passent au niveau de la charnière de la porte, chose que l'on ne voit pas sur le GV ou le PA. On se rend ainsi compte qu'Aerospacelines avait quand même fait le maximum pour minimiser les déconnections de câbles nécessaires lors de l'ouverture de la porte principale !

L'enchevêtrement des câbles électriques et hydrauliques au niveau de la charnière
Et les câbles redescendent vers le cockpit ou vers le rack avionique...

Toute la structure avant est bien visible !

Sur le toit on découvre aussi des trous...c'est là que toutes les nouvelles antennes vont être rajoutés !

ça va faire un beau paquet d'antennes !
Le joint rouge marque la station 300, l'ouverture du nez, et on voit distinctement les vérins hydrauliques
Arrivé enfin à l'arrière où il y a les deux enregistreurs de vol, dont le fameux data recorder qui a disparu sur le PA !

Les enregistreurs de vol dans le cône de queue
Ensuite retour à l'extérieur, pour un peu d'air frais et un petit tour de l'appareil !

Un des deux  volet de profondeur a été démonté pour être remis en état
Polishé déjà à plusieurs reprises et constamment nettoyé, l'appareil est vraiment étincelant, et on peut s'admirer dedans ou presque !
Le "S" de Super-Guppy, avec en fond le drapeau texan !
La charnière, potentiel point faible qui est surveillée de près !
à l'intérieur des nacelles moteur, les réservoirs d'eau méthanol ont été retirés...
Et au fil des ans, les quelques fuites d'eau ont stagné, générant une importante corrosion qu'il faut traiter..

La nacelle qui permet d’accéder au toit histoire de percer des trous...
Ah tiens, j'ai retrouvé la planche de bord !

Nous avons fait également le tour du "hangar Guppy" où sont stockés toutes les pièces détachées et le matériel d'entretien. Il y a les plateformes de chargement, des hélices d'avance, une nacelle moteur de rechange etc.

Principale découverte, la "rescue platform" dont je n'avais jamais entendu parler. Il s'agit d'une plateforme transportable par Guppy et autonome. Motorisée, elle possède donc des pieds repliables et peut se hisser à bord du Guppy à l'aide du treuil interne. Elle était utilisable si un Guppy se trouvait immobilisé sur un terrain isolé, un second Guppy pouvait ainsi venir avec cette plateforme à bord et transborder le chargement de son frère immobilisé permettant ainsi de ne pas retarder la chaîne Airbus...


Les plateformes de chargement son également stockés à El Paso.

La "rescue plateform", plateforme autonome transportable par Guppy, utilisable en cas d'urgence sur un terrain non équipé.

Bâti, support de roues et de train

Un train principal de rechange prêt à l'utilisation
J'ai ensuite pu discuter du Guppy avec l'équipe d'El Paso...et il semble que les "failles" du Guppy soient toujours les mêmes : la corrosion et les fissures, un train atterrissage pas toujours coopératif, et une difficulté de plus en plus croissante à trouver des pièces de rechanges ! Puis est venu le temps de repartir si je ne voulais pas rater mon vol...et chacun est parti fouiller dans son bureau à la recherche de stickers et de patch à me donner !!! je suis donc reparti avec de beaux souvenirs !

Après le décollage du vol de retour, j'ai eu la chance de survoler le dépôt...j'avais gardé l'appareil photo à portée de main au cas où...bien m'en a pris, j'ai eu de belles images de ce beau Guppy ! Une bien belle journée au final !

Sur le chemin du retour, une belle vue du dépôt

Many thanks to Stuart who took the time to show us the history and the work of the El Paso Depot, and many thanks to all the skilled enginneer and technicians who are doing a wonderful work on those aircrafts, and were happy to share their work with us !

lundi 31 mars 2014

Le F-BPPA entre enfin au musée

Vendredi dernier, 28 mars, journée très chargée pour les bénévoles des Ailes Anciennes Toulouse : au programme déménagement du Super-Guppy F-BPPA depuis son emplacement de parking chez Airbus jusque dans le hall du musée Aéroscopia.

18 ans après son dernier vol, le F-BPPA entre enfin au musée !


Ces dernières semaines ont vu les "gros" avions arriver dans le musée. Le 14 mars c'était le Concorde F-WTSB qui inaugurait la traversée de la route Roger Béteille pour entrer dans la halle, et le 21 mars, l'A300B lui emboîtait le pas, et il restait pour cette semaine le plus large de tous : le Super-Guppy !

Ce vendredi 28 mars, réveil aux aurores pour être à 7h du matin sur le parking des Ailes Anciennes, pour un dernier briefing, avant de partir à pied, direction l'usine Jean-Luc Lagardère, là où est assemblé l'A380, et maison temporaire du Guppy. Le temps d'obtenir les badges pour accéder au site, et de continuer à pied jusqu'au Guppy, il était 7h30. Nous avions déjà été devancé par le reste de l'équipe, venu avec la camionette qui transportait du matériel et les photographes, sans oublier le vénérable Deutz, toujours aussi vaillant, pour tracter le Guppy.

En route vers le Guppy !

Avec tous ces déplacements depuis quelques mois, la manœuvre est bien rodée pour transporter le monstre : ouverture, mise en pression du système de freinage de secours à l'aide de la pompe à main pour pouvoir freiner en cas de besoin, vérification des pneus (qui sont carrés depuis le temps...mais qu'importe...), déconnexion de la biellette de direction des roues avant pour ne pas abîmer le train etc...

Biellette retirée, on peut y aller !


Pendant ce temps là, une autre partie de l'équipe préparait la Caravelle qui bloquait le passage...

Il était 7h50 lorsque nous avons fermé la porte d'accès et que le Deutz piloté par Sylvain est venu s'arrimer. Pour ma part, j'avais gagné un ticket de copilote sur ce dernier "vol". Ma mission étant de garder les pieds sur les freins..au cas où.

Caravelle en mouvement...

Le convoi a ensuite remonté l'usine avant d'arriver devant la clôture séparant l'usine de l'avenue Roger Béteille qui avait été démontée pour la circonstance. Des plaques de tôles étant posées à même le sol pour nous permettre de passer sans encombre. Nous avons du patienter un petit moment car la route n'était pas prête : nous étions en avance sur l'horaire, notre passage étant prévu à 9h...mais il n'était que 8h40. Garé devant l'usine Lagardère, la façade réfléchissait le Guppy de manière très esthétique !

Réflexion du Guppy sur la façade de l'usine...
Il était 9h passé lorsque nous avons repris la manœuvre. Devant la difficulté du passage, il a été décidé de le faire en marche arrière...poussé par le Deutz, manœuvre plus simple. Avec une vitesse très faible, et aidé par de nombreux bénévoles pour surveiller les roues et les ailes, vérifiant que tout passait bien, nous avons franchi la rue au premier essai et sans aucun problème !

évidemment, dès que ce n'est plus Concorde, il n'y a plus que les passionnés !


Nous somme restés là quelques instants pour permettre aux quelques spotteurs venus voir le Guppy de prendre quelques photos et vidéos. Il faut dire qu'il n'y avait pas foule (le Guppy n'est pas Concorde...ça se sent) mais les gens venus ce matin là était motivés !

Pas de rétroviseur...de toute façon il n'y aurait pas de visibilité vu la taille du fuselage !


Mais le chemin n'était pas terminé : après avoir traversé l'avenue, il fallait encore rejoindre le musée en contournant la ferme de Pinot. Heureusement, le chemin était balisé au sol, il n'y avait qu'à suivre...mais en restant vigilant tout de même ! Le Guppy à ainsi suivi un chemin en "S" qui l'a amené devant le musée.

Une fois devant le musée, nous avons tout stoppé, et l'équipage du "dernier vol" a été accueilli au pied du Guppy pour les premières impressions à chaud...j'ai un peu bafouillé sous le coup de l'émotion...mais j'espère que c'était compréhensible...

Les "derniers pilotes" du Guppy en pleine interview (merci à notre inestimable Bastien d'avoir été là pour prendre cette surperbe photographie de Philippe et moi-même)

C'était ensuite le temps des retrouvailles...retrouvailles entre le Guppy et les anciens navigants : plus d'une vingtaine d'anciens mécaniciens, pilote et mécano-nav ayant volés sur Guppy avait fait le déplacement pour se retrouver. J'en connaissais certains de nom pour avoir vu leur signature dans la documentation...ou les avoir vu en vidéo sur des films d'archives ! L'occasion était trop belle, j'en ai donc profité pour les assaillir de questions (peut-être un peu trop d'ailleurs)...mais j'ai appris des choses intéressantes que je ne manquerai pas de partager sur ce blog dès que le temps me le permettra !

Portrait de groupe pour les "anciens" du Guppy

Mais l'heure tournait...il restait encore un dernier voyage à faire pour rentrer le Guppy à l'intérieur du musée. Cette partie était la plus critique : peu de marge de manœuvre, un A300B devant...mais heureusement, tout s'est très bien passé, là aussi du premier coup, sans aucun problème !

Vue de la manœuvre depuis le cockpit....a vitesse x8 !

Passera...passera pas ?? Passera bien sûr !

Nous avons ensuite fermé l'avion, avant de prendre quelques photos, mais le pari de la journée était relevé : faire entrer le Guppy dans sa nouvelle maison sans casse !

Le Guppy enfin dans le musée !

Il restera à le mettre en position et à ouvrir le nez, mais à chaque jour suffit sa peine ! En attendant nous avions droit à un apéritif bien mérité avec l'équipe et les anciens navigants pour marquer le coup !

à l'abri !

mardi 6 août 2013

La réception du F-BPPA

Mai 1973

Maurice de Charnacé, le directeur de production d'Airbus, va devoir travailler d'arrache pied avec ASI pour organiser la réception du deuxième Guppy commandé par Airbus. Toujours à Santa-Barbara, l'appareil est déjà construit, mais doit être mis au même standard que l'avion n°1, ce qui nécessite quelques modifications.

Le N212AS, encore aux Etats-Unis avant de devenir le F-BPPA

mercredi 31 juillet 2013

Les origines du F-BPPA

Je vous propose dans cet article de plonger au cœur des tractations entre les partenaires d'Airbus pour mieux comprendre comment la décision d'acheter le Super-Guppy numéro 2, le F-BPPA s'est imposée au Gie (Groupement d’intérêt économique).

Le F-BPPA en vol


Après la mise en service du Super-Guppy n°1, le F-BTGV, en 1972, Airbus n'envisage pas d'acheter d'autre appareil. Il existe alors aux Etats-Unis deux Guppy : le Super Guppy modèle NASA (N1038V) et un nouveau Super-Guppy Turbine alors en construction (N212AS) identique au Golf Victor.

lundi 13 mai 2013

Peinture...et tapis volant

Grosse activité sur le Super-Guppy n°2, le F-BPPA la semaine dernière : au programme la suite de la peinture. Après une première séance consacrée au bleu, c'était au tour du fuselage d'être repeint en gris.

Le gris est de nouveau brillant !

Le F-BPPA, amarré à côté de la Caravelle des Ailes Anciennes Toulouse depuis sa sortie de l'atelier peinture le 2 mars, est entré au hangar L35 le 3 mai dans l'après-midi. Cette deuxième séance avait pour but de peindre l'intégralité du fuselage en gris après décapage.

Je tente (vainement) de partir tout seul avec le Super-Guppy...
L'ensemble de l'opération a pris un peu moins de quatre jours, et à mobilisé toute une équipe de la société STTS, spécialisé dans la peinture des aéronefs, même si ils n'ont pas vraiment l'habitude de voir un appareil de cette taille !

Le fuselage à d'abord été décapé, avant d'appliquer deux couches de peinture : un primer de protection, une couche de gris, sur laquelle on ajoute ensuite une couche de vernis qui permet de protéger l'ensemble.

A noter que le Guppy n'a jamais été peint durant sa vie (hormis les bandes de couleur Airbus Skylink). Le fuselage restait en aluminium naturel, qui devait être poli à peu près une fois par an pour garder son aspect argenté.

L'accès à l'appareil est facilité par des nacelles mobiles fixées au plafond, surnommées "tapis volant"

Il fallait venir rechercher l'engin le 7 au soir, l'occasion de prendre de nombreuses photos de notre Guppy étincelant. Nous sommes arrivés avec une équipe d'une douzaine de personne sur place au L35 vers 18h30. Après quelques photos, il fallait venir tracter le Guppy hors du hangar. Pour cela, l'équipe des Ailes Anciennes dispose d'un monstre : un tracteur de piste Deutz. Équipé d'un monstrueux V12, et sans aucune suspension, cet appareil a tracté A300, Concorde et Guppy sans faiblir depuis de nombreuses années...

Le Guppy, vu depuis le haut du hangar...un point de vue inhabituel !

Juste avant de sortir l'appareil du hangar, nous avons eu une opportunité unique : celle de monter à bord d'un "tapis volant" (une nacelle du hangar) pour une séance photo de notre Guppy. Une fois grimpé dans la nacelle, nous voilà parti pour un voyage à 40 mètres d'altitude, en nous déplaçant d'avant en arrière tout autour de la bête, l'occasion de capturer des détails avec un point de vue inédit, ce dont j'ai bien profité !

Vue du "toit" du Guppy, avec le feu de signalisation et l'antenne VHF, à peine visible du sol en temps normal
détails de la charnière de liaison à la Sta 300
Ma favorite : une vue du nez sous un angle totalement inédit !

Après ce grand tour, il était temps de partir. Une fois le collier de remorquage en place, avec la barre bien arrimée au "Deutz", et après avoir chargé le circuit hydraulique de freinage du Guppy grâce à la pompe à main et à l'accumulateur d'urgence pour lui permettre de freiner si besoin, nous étions prêts au départ ! Un dernier contact radio avec la tour pour vérifier que le taxiway était dégagé, et l'ordre est donné : sortez l'appareil ! 

Paré à tracter !


Le Guppy est donc sorti en marche arrière du hangar, avant d'être remis dans le sens de la marche pour remonter le long des taxiway à petite vitesse, histoire de ne pas forcer sur l'appareil.

Petite pause sur la route...je pose fièrement devant le F-BPPA !


Nous avons profité du virage suivant pour prendre quelques photos du Guppy devant sa prochaine maison : le musée Aéroscopia, qui commence à bien prendre forme. La structure est complète, et commence à se couvrir...le Guppy devrait y entrer au cours de l'été

Le Guppy passe devant sa futur maison : le musée Aéroscopia
Après ce virage devant Aéroscopia, le Guppy remonte le long de l'usine d'assemblage A380, toujours à petite vitesse, pour aller sur l'une des aires de parking située côté nord-ouest du complexe.

Passage le long de l'usine d'assemblage A380

Après un dernier virage, le "Deutz" aligne le F-BPPA sur une aire d'essai d'ordinaire réservée aux A380, c'est ici que le Guppy va passer quelques jours en attendant de repartir au L35 pour la suite ! Au programme : peinture des ailes et des bandes de couleurs !

Nouveau parking temporaire sur la FAL Jean Luc Lagardère


Bref, une soirée bien remplie !

En bonus, un petit montage vidéo :


lundi 6 mai 2013

Béluga XL

La rumeur se fait de plus précise depuis le début de l'année 2013 : Airbus cherche un successeur au Béluga !

5 avions...sur lesquels repose toute la production d'Airbus !


C'est un fait : le F-GSTA, premier Béluga, à déjà 20 ans, et commence à vieillir. De plus, lui et ses quatre petits frères volent plus que prévu : Conçu pour voler 2500 heures par an, ce chiffre à été porté à 5000 cette année…et pourrait monter à 10 000 heures par an d'ici 2017 ! Entre l'A320, l'A330, l'A400M..et surtout l'A350 qui se dessine à l'horizon, les cinq appareils ne vont pas chômer. N'oublions pas que l'A300 n'est plus fabriqué, et que le problème de l'obsolescence des pièces d'A300 va rapidement devenir un problème dans les 10 ans à venir.

Actuellement, les 5 béluga font 60 vols par semaine (sur 5 jours, 6 exceptionnellement)…et Airbus planche sur 120 vols par semaine de 6 jours à l'avenir…le tout avec une date de retrait de service estimée à 2025. Trouver un remplaçant avant, à même d'être opérationnel vers 2020 serait la solution la plus sûr pour parer à toute éventualité (fatigue de la structure…ou accident).

Une aile d'A350 arrivée à bon port...actuellement le Béluga ne peut en transporter qu'une seule à la fois.(Airbus)


Le remplacement des Béluga (modèle A300B4-608ST) est régulièrement évoqué depuis plusieurs années, mais rien n'avait encore été évoqué. Les choses se sont précisés le 31 janvier dernier, ou le patron d'Airbus, Fabrice Brégier, a évoqué lors d'un entretien la volonté d'Airbus de trouver un remplaçant au Béluga, en favorisant une solution "maison", c'est-à-dire basé sur un appareil existant de la gamme. Le PDG d'Airbus à également évoqué le cas de la nouvelle ligne d'assemblage du groupe aux Etats-Unis qui est en train de voir le jour pour expliquer l'importance d'un nouvel appareil.

Airbus possède donc l'embarras du choix pour un nouvel avion : A330, A340, A350 ou A380. En réalité, l'A350 est trop nouveau et pas encore maîtrisé pour se prêter à une conversion, et l'A380 est exclus car son pont intermédiaire est structurellement indispensable à la solidité de l'appareil. Reste donc le 340 et le 330. Si l'on prend en compte que le 340 est plutôt en fin de vie, il est plus intéressant de partir sur le 330, bien maîtrisé, mais qui dispose encore de beaux jours devant lui ! Il reste donc deux plateformes : l'A330-200 et l'A330-300. Airbus semble se diriger vers le -200 pour la conversion en Béluga.

vue d'artiste de l'A330-200 BXL (Airbus)


Cette nouvelle version devrait s'appeler l'A330-200 Beluga XL ou A330-BXL. Le choix du -200 au profit du -300 pourtant plus gros est en fait une contrainte aéroportuaire : le -300 ne pourrait pas se poser sur certains sites ayant des pistes trop courtes.

Côté technique : peu de changements par rapport à la configuration du Béluga actuel : abaissement du cockpit, présence d'une double dérive de stabilisation à l'arrière, ouverture du nez vers le haut. Les ailes et le  bas du fuselage de l'A330 ne sont pas modifiés. Ce nouveau béluga serait en revanche plus large et plus long que son prédecesseur (on parle de 8 mètres de diamètre au lieu de 7,6, et une longueur de 4,8 mètres de plus par rapport à l'A300-600 ST). Sa charge utile serait à peu près la même, mais son rayon d'action plus grand.

vue d'artiste de l'A330-200 BXL (Airbus)


Le calendrier préliminaire pourrait être le suivant : le lancement du programme interviendrait avant la fin de l'année 2014, avec un début d'assemblage en 2017, un premier vol en 2019 pour une mise en service en 2020. Le nombre d'appareils envisagés n'a pas encore été précisé, mais pourrait être de six appareils (hypothèse personnelle).

Que de chemin parcouru depuis les premiers balbutiements du "Pregnant Guppy"…et la route n'est pas terminée !